« Santé : le devoir d’innovation » par Xavier Quérat-Hément La numérisation de la santé est un enjeu de société.

, dans le réseau de Christophe Juppin

La numérisation de la santé est un enjeu de société. Elle est au cœur de choix politiques complexes, où se croisent l’humain et l’efficacité économique, la solidarité et les coûts financiers. Pour toutes ces raisons, la pluralité d’acteurs qui forment le monde de la santé a un devoir d’innovation. Le numérique peut en effet être l’instrument reliant ces objectifs. L’enjeu ? Définir un système de santé plus économe et plus respectueux des grands défis sociaux de demain. Par Xavier Quérat-Hément, co-fondateur de l’association Esprit de Service France

La santé est au cœur de la vie de tout un chacun. Quand la santé va tout va ! Un besoin devenu au fil du temps en France un droit. Elle n’en est pas moins coûteuse, surtout en France, ce qui explique en partie notre place dans les classements internationaux relatifs au poids des dépenses publiques. C’est aussi le développement, au cœur d’une économie servicielle, d’une industrie dynamique aux ramifications nombreuses (hôpital, pharmacie, médicaments, chimie) pour laquelle la France est reconnue dans le monde.

L’hôpital du XXIe siècle n’est plus une fiction. Qu’il s’agisse du recours aux IA ou du Dossier Médical Personnalisé, dans sa « dernière » version, les innovations se déploient tous les jours, et changent en profondeur le visage de la santé publique telle que nous la connaissions. Cette révolution copernicienne passe par les startups, les objets connectés, les grands groupes de service comme La Poste et les grands groupes de mutuelle. Développement et renforcement des liens santé-service à la personne dans une société qui vieillit.

L’e-santé déjà parmi nous

En 2017, près 200 applications de santé mobile ont été créées chaque jour. Aujourd’hui, on ne compte pas moins de 318 000 applications sur des plateformes diverses. Le smartphone et autres objets connectés (Fitbits, montre de sport) sont les premiers alliés de ce bourgeonnement technologique, avec des systèmes intégrés qui comptent le nombre de vos pas, vous aident à avoir une excellente nutrition ou calculent votre fréquence cardiaque.

Bref, l’e-santé n’est plus une projection, elle est une réalité : les outils existent, indéniablement, et s’ils ne sont pas tous matures, l’intérêt qu’ils suscitent, comme on a pu le voir à la dernière édition du Consumer Electronic Show, témoignent de leur potentiel. La société californienne Guardant Health peut, par exemple, lancer des tests sanguins de haute précision qui permettent de détecter de façon très précise le type de cancer d’un patient. Sa solution Guardant360 a déjà été utilisée plus de 70 000 fois à ce jour, tandis que la startup a levé en fin d’année plus d’un demi-million de dollars, grâce au soutien de fonds d’investissement comme le fonds européen SGH Capital d’Alexandre Azoulay.

Pour autant, force est de constater que l’intégration de ces nouveaux services au sein de l’administration se fait à petits pas. C’est en creux la critique que fait Serge Soudoplatoff, expert numérique pour le compte de la Fondation pour l’innovation politique, dans une note très documentée récemment publiée. L’expert souligne les économies que l’administration publique pourrait réaliser (jusqu’à 8 milliards d’euros), tout en éradiquant les déserts médicaux grâce au pouvoir non exploité de la santé connectée. Rappelons en effet que la France compte un nombre important de praticiens (216 000 recensés en 2017), mais de plus en plus de Français n’y ont pas accès. On compte 8% de la population vivant dans une commune où il n’y a aucun médecin généraliste, ce qui concerne pas moins de 5,3 millions d’habitants. Parmi les régions en pénurie, les DOM, le Centre-Val de Loire, le Nord-Pas-de-Calais ou encore la Bretagne et la Corse. Nombreuses sont les analyses qui démontrent que l’e-santé pourrait pallier ce manque. L’analyse de la Fondapol démontre qu’en misant sur la santé connectée (et pas uniquement la télémédecine), de nombreux actes pourraient être réalisés par des soignants divers (infirmiers, sage-femme) assistés par l’IA ou un médecin, via les capteurs connectés ou la télémédecine. Quitte à, par exemple, prévoir des espaces dans les entreprises dédiés au soin.

L’innovation technique passera par les services

Dans ce cadre, l’innovation, et le développement des services associés, est un devoir. Face aux risques que pose un système de santé financièrement en berne c’est tout le monde de la santé qui doit se lancer dans la bataille de l’innovation de service.

Certains groupes d’assurance l’ont compris et veillent à proposer des offres d’e-santé à leurs clients. C’est le cas d’Audiens qui propose une gamme de services médicaux (généralistes ou spécialistes) ou de prévention, comme la plateforme digitale Médecin direct, pour une consultation médicale à distance, ou le site Deuxièmeavis.fr, qui permet aux patients de recourir à une seconde opinion en ligne, en cas de problème de santé grave. Une centaine de médecins-experts interviennent ainsi, capables de traiter plus de 300 pathologies, dans différents services (cancérologie, cardiologie, infertilité, etc). C’est aussi le cas du groupe Vyv, fruit du rapprochement entre MGEN, Istya et Harmonie, qui a acquis la startup Mesdocteurs, mais aussi d’autres startups du monde de la santé comme Weavility. On peut aussi citer les nouveaux services proposés par la Mutuelle Générale.

Au final, la médecine de demain n’a jamais été aussi proche d’aujourd’hui. On en veut pour preuve le rapport Ma santé 2022 qui jette les bases d’un hôpital mieux orienté vers la qualité, la pertinence des soins, et la responsabilité en santé. Dans une note récente, l’Institut Montaigne démontrait par exemple que les intelligences artificielles sont déjà aux portes des hôpitaux. Mais cette transformation numérique ne doit pas se faire aux dépens des plus vulnérables. C’est la raison pour laquelle les grandes mutuelles, par la voix de la FNMF, ont déclaré que les économies réalisées par la transition numérique doivent également renforcer le socle de solidarité, en partie pour adresser le problème criant de la dépendance des personnes âgées.

Et en cette période trouble où des milliers de gens manifestent dans la rue, la transformation numérique de la santé, comme la transformation énergétique, sera humaine ou ne se fera pas.

Publié par Xavier Quérat-Hément le 04 février 2019 dans www.latribune.fr


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