Safe Orthopaedics s’engage dans la production avec le rachat de LCI Medical Le groupe livre des kits entièrement stériles comprenant à la fois les implants et les instruments pour la pose des implants.

, dans le réseau de Virginie Delplanque, Hugo Veysseyre

Le groupe français de dispositifs médicaux Safe Orthopaedics spécialisé dans la chirurgie du dos vient de s’engager dans l’acquisition de LCI Medical, un sous-traitant franco-tunisien qui est aussi un de ses fournisseurs. Cette opération permettra notamment à Safe Orthopaedics d’ajouter la production à son activité, avec la reprise de deux usines en France et Tunisie. La première à Fleurieux-sur-l’Arbresle (Rhône) au nord de Lyon en région Auvergne-Rhône-Alpes et la seconde en Tunisie, à une cinquantaine de kilomètres de Tunis.


La production était le chaînon manquant de Safe Orthopaedics. Concepteur et distributeur de dispositifs médicaux pour la chirurgie de la colonne vertébrale, cet acteur français basé à Eragny-sur-Oise (Val-d’Oise) va acquérir la société franco-tunisienne LCI Medical, spécialisée dans la sous-traitance médicale. L’opération, prévue pour être finalisée en juillet 2020 et qui sera réglée en numéraire ainsi qu’en actions alloués aux actionnaires de LCI Medical, va offrir à Safe Orthopaedics deux usines : la première à Fleurieux-sur-l’Arbresle (Rhône) au nord de Lyon en région Auvergne-Rhône-Alpes et la seconde en Tunisie, à une cinquantaine de kilomètres de Tunis.

LCI Medical est l’un des fournisseurs de Safe Orthopaedics, client qui compte pour environ 30% de son chiffre d’affaires, lequel s’était établi au total à 2,6 millions d’euros en 2019. 80% de son activité de sous-traitance est centrée sur les dispositifs médicaux dans le domaine du rachis. Viennent ensuite les dispositifs pour la chirurgie maxillo-faciale et la hanche.

L’usine tunisienne, d’environ 80 salariés, dispose de lignes d’usinage d’implants et d’instruments pour les implantations, ainsi que des ateliers de finition, de marquage de lots, de nettoyage et de pré-conditionnement. L’usine lyonnaise, d’une vingtaine de collaborateurs, mise en service il y seulement trois ans, gère des opérations similaires.

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Safe Orthopaedics produit des kits prêt-à-l’emploi comprenant implants pour la chirurgie du dos et instruments de pose. (© Safe Orthopaedics)

Production en propre

Safe Orthopaedics, qui recense une cinquantaine de salariés et a généré en 2019 un chiffre d’affaires de 4,7 millions d’euros, est spécialisé dans les implants, comme des vis en titane, utilisés pour réparer les fractures de la colonne vertébrale, dans les hernies discales ou dans les pathologies chroniques du dos. L’acquisition de LCI Medical lui permettra de se doter de capacités de production en propre et de s’ouvrir aussi à la sous-traitance. Pierre Dumouchel, le PDG, entend aussi déployer rapidement des investissements, notamment pour ajouter au site lyonnais "une unité de packaging en salle blanche à une échéance de 12 à 18 mois".

Kit prêt-à-l’emploi

Ce projet est particulièrement important pour Safe Orthopaedics qui utilise un système de prêt-à-l’emploi pour ses produits. Le groupe livre des kits entièrement stériles comprenant à la fois les implants et les instruments pour la pose des implants. "Les instruments de pose sont des instruments métalliques réutilisables qu’il faut désinfecter, stériliser et reconditionner. Notre kit intégral à usage unique apporte une technologie plus simple à gérer, évitant 80% de la logistique habituelle d’une chirurgie et réduisant les risques d’infection et de contamination", vante Pierre Dumouchel. Les instruments à usage unique du groupe sont en polymères et non métalliques, ce qui les rend radio-transparents lors des interventions et facilite une chirurgie dite mini-invasive. "Nous essayons de plus en plus de bio-sourcer nos matériaux pour les instruments" ajoute le PDG.

Marché mondial de 10 milliards d’euros

Fondé en 2010, Safe Orthopaedics a été le premier à déployer cette solution de prêt-à-l’emploi, assure Pierre Dumouchel. Indiquant qu’il y a aujourd’hui six acteurs dans le monde ayant adopté cette solution, sur un total de 400 évoluant sur ce marché de la chirurgie du dos, estimé à environ 10 milliards d’euros par an. Le prêt-à-l’emploi "pourrait intéresser d’autres acteurs orthopédiques, en dehors des besoins dans le domaine du rachis", d’autant que cette solution offrirait des "cycles beaucoup plus courts", ajoute encore Pierre Dumouchel, que ce soit dans le développement d’un produit et dans les opérations d’implantation. L’option pourrait ainsi intéresser des clients actuels et futurs de LCI Medical et se poser de fait comme un relais de croissance intéressant pour les activités de Safe Orthopaedics.

Publié le 06 mai 2020 par Julien Cottineau sur https://www.usinenouvelle.com


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Pierre Dumouchel, PDG de Safe Orthopaedics. (Crédits photo : DR)

Pierre Dumouchel, Safe Orthopaedics : « L’acquisition de LCI Medical va renforcer le modèle de Safe Orthopaedics »

La medtech a annoncé être entrée en négociations exclusives pour racheter son fournisseur historique, LCI Medical. Pierre Dumouchel, PDG de Safe Orthopaedics détaille l’intérêt stratégique de cette acquisition et revient sur les perspectives de sa société dans un contexte marqué par l’épidémie du Covid-19.

Boursorama : Safe Orthopaedics est pionnière des technologies « prêtes-à-l’emploi » pour la chirurgie du dos, avec des implants et des instruments en polymère à usage unique. Vous concevez ces kits, vous les commercialisez également. Quel est l’objectif poursuivi avec l’acquisition de LCI Medical ?

Pierre Dumouchel : Cette opération a pour objectif de faire de Safe Orthopaedics un groupe intégré, spécialiste du prêt à l’emploi sur toute la chaîne de valeur. Elle nous permettra d’avoir un cycle production-implantation plus court en maîtrisant notre chaîne de production, en optimisant les stocks et en étant capable de « customiser » notre offre pour répondre à la demande de nos clients. Ce, sans faire exploser les coûts. Nous le voyons avec notre partenaire japonais : il faut souvent adapter notre technologie aux pratiques chirurgicales locales qui peuvent différer des pratiques européennes. L’autre aspect fondamental de cette opération est qu’en disposant de l’outil industriel, nous nous ouvrons des options de partenariat avec les industriels du dispositif médical. Nous pourrons ainsi nous positionner comme sous-traitant ou comme fabricant d’équipement d’origine (OEM), dans le cadre de co-développement. Plus globalement, en intégrant la capacité de production, nous mettons nos ingénieurs en face du savoir-faire des équipes de LCI Medical, pour accélérer l’innovation et développer des produits à usage unique toujours plus optimisés.

Boursorama : La thématique de la relocalisation a refait surface avec la crise du Covid-19. L’aspect « made in France » a-t-il aussi joué un rôle dans cette acquisition ?

Pierre Dumouchel : Ce qui est sûr, c’est que nous construisons un acteur français complètement intégré dans le secteur des technologies médicales. Nous allons notamment investir sur le site lyonnais de LCI Medical. Notre but, c’est aussi de montrer qu’on peut développer des modèles très innovants sur la base de fabrication française en misant sur un vrai savoir-faire. Il y a en France, beaucoup de petites sociétés d’innovation dans le dispositif médicale. Mais peu de consolidation tricolore dans le secteur. Espérons, passée cette crise du Covid-19, que les pouvoirs publics soutiennent les groupes qui misent sur la création de la valeur en France.

Boursorama : Quel sera l’impact financier de cette acquisition sur Safe Orthopaedics ?

Pierre Dumouchel : Le financement de cette opération est sécurisé. Il se fera pour partie en actions nouvelles et je veux préciser que les dirigeants de LCI Medical, qui resteront impliqués dans le management de groupe, ont accepté cette rémunération en titres sur la base d’une capitalisation de Safe Orthopaedics fixé à 6,1 millions d’euros, bien supérieure à la valorisation actuelle du marché. Nous nous appuierons également sur le dispositif de financement par émission d’OCABSA contractualisé avec notre partenaire Alpha Blue Ocean. De plus, LCI Medical affiche depuis sa création un résultat net positif qui va venir améliorer la profitabilité de notre activité sur le rachis. Au final, grâce à cette acquisition, Safe Orthopaedics devrait être capable d’atteindre l’équilibre financier d’ici 18 mois.

Boursorama : Le timing de cette opération, en pleine crise sanitaire, ne représente-t-il une prise de risque ?

Pierre Dumouchel : Nous n’avons absolument aucun doute sur notre modèle économique dans cette période. LCI Medical est une acquisition stratégique qui viendra renforcer notre modèle. Nous étions pionniers il y a dix ans, aujourd’hui nous sommes toujours leaders mais la concurrence s’est renforcée avec une vingtaine de sociétés qui travaillent sur la technologie du « prêt-à-l’emploi  » dans différentes indications chirurgicales. C’est positif car cela crédibilise notre offre... à condition de rester le premier. Avec LCI Medical, nous allons renforcer notre capacité d’innovation et reprendre un coup d’avance sur la compétition.

Boursorama : Quel sera l’impact de la crise du Covid-19 sur votre activité ? La perspective d’une croissance 2020 similaire à celle de 2019, autour de 35%, est-elle encore d’actualité ?

Pierre Dumouchel : Je crois que l’après-crise va venir démontrer la pertinence de notre modèle. Beaucoup d’opérations de chirurgie ont été repoussées à cause du Covid-19 mais on ne pourra pas les repousser éternellement sans que cela ait des répercussions sur les patients. On ne se fait pas opérer du dos pour le plaisir. L’activité chirurgicale devrait donc reprendre à l’été ou en septembre, avec peut-être un rythme plus soutenu. Or, c’est précisément lorsque l’activité est la plus intense dans les blocs opératoires que l’intérêt de nos kits « prêts à l’emploi » est le plus évident à démontrer. Au second trimestre, notre activité commerciale restera compliquée par un nombre de chirurgies limités et la prospection de nouveaux clients impossible. Je pense que l’activité va reprendre plus vite dans le secteur privé, et de façon plus progressive dans le public avec un retour à la normale en septembre. Aujourd’hui, nous visons encore une croissance à deux chiffres même si l’exercice n’est pas simple. Il y aura un fort impact au 2e trimestre mais, si nous n’assistons pas à une « seconde vague », un phénomène de récupération sur le 3e et le 4e trimestre. A long terme, je suis très confiant dans nos perspectives : nous avons refondu la gamme SteriSpine PS et, en fin d’année, de nombreuses innovations vont venir soutenir la croissance de la société.

Propos recueillis par Laurent Grassin (redaction@boursorama.fr)


Publié par Laurent Grassin le 07 mai 2020 sur https://www.boursorama.com/


Contact :
LCI Medical
80 rue de Montepy
69 210 Fleurieux sur l’Arbresle
France
https://www.lci-medical.fr/
Tél. : +33 4 27 44 73 80
Email : accueil@lci-medical.fr

Pour en savoir plus :

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