Covid-19 : Mais qui est le professeur Raoult, possible vainqueur du Coronavirus fin février 2020 ? Didier Raoult s’est appuyé sur les travaux de Zhong Nanshan, un de ses confrères chinois, pour mettre au point un traitement

, dans le réseau de Philippe GARNIER

Covid-19 oblige, l’infectiologue Didier Raoult (Aix-Marseille Université), directeur de l’Institut Hospitalo-Universitaire Méditerranée infection à Marseille, est au centre de toutes les conversations en France et dans le monde. Voici son portrait. Il donne aussi sa vision de la gestion de la crise par la Corée du sud et son site de référence pour suivre l’évolution de la pandémie dans le monde.

Avec sa crinière blanche, sa barbe broussailleuse et ses chemises improbables dissimulées sous son éternelle blouse blanche, le professeur Didier Raoult n’a pas franchement la tête de l’emploi. Sous ses airs de troubadour revenu de Woodstock en combi Volkswagen, se cache pourtant l’un des tout meilleurs scientifiques français et l’un des chercheurs les plus cités au monde. Las ! La piste thérapeutique qu’il a présentée pour combattre le Covid 19 a été qualifiée de «  fake news » sur le site du ministère de la Santé il y a 3 semaines. Mais le ton du gouvernement et de la communauté scientifique est en train de changer !

L’IHU Méditerranée Infection : une équipe de chercheurs d’envergure mondiale !

Même s’ils collectionnent découvertes, récompenses et publications prestigieuses depuis plus de 30 ans, Didier Raoult et son équipe ont parfois du mal à être pris au sérieux en haut lieu. Mais son âpreté au combat lui permet souvent de rafler la mise au nez et à la barbe de ses détracteurs. L’épidémie de coronavirus en sera-t-elle une nouvelle illustration ?

Révélé au grand public par ses chroniques dans « Le Point » et quelques livres à succès (1), le professeur Didier Raoult est avant tout un infectiologue et un virologue de réputation internationale. Sa carrière hors-normes, il l’a d’abord construite sur la recherche, avec à son crédit quelques découvertes majeures comme les virus géants (mimivirus, marseillevirus…), l’identification de plus d’une centaine de nouvelles bactéries pathogènes ou la mise en évidence du rôle de certains micro-organismes dans des maladies comme la fièvre Q, la maladie de Whiple, les endocardites ou les lymphomes non hodgkiniens.

Mais Didier Raoult, c’est aussi et surtout un leader, un chef d’équipe – un chef de bande disent même certains de ses proches -, avec autour de lui une cohorte de scientifiques de très haut niveau qu’il a commencé à rassembler il y a plus de 35 ans et qui lui sont depuis restés fidèles. À ce noyau dur des débuts, il a toujours su rajouter de nouveaux talents, repérés au fil du temps parmi les étudiants qui se pressaient à ses cours et dans ses labos de la faculté de médecine de La Timone. Une réussite d’autant plus extraordinaire qu’elle ne s’est pas jouée à Paris, Washington, Londres ou Shanghai, mais bien à Marseille, où les équipes de chercheurs de niveau mondial ne sont tout de même pas légion.

Un parcours hors norme !

Né au Sénégal il y a 68 ans d’une mère infirmière et d’un père médecin militaire, Didier Raoult est devenu médecin plus par devoir que par passion. Débarqué à Marseille à l’âge de 10 ans, il en partira à 18 ans pour s’embarquer comme matelot sur un navire marchand, persuadé que son destin aurait le goût salé des aventures maritimes. Le temps de s’apercevoir que le travail en équipage gonfle les biceps mais nourrit peu l’esprit, et le voilà de retour sur le Vieux-Port, la tête et l’ambition en berne. Son père, qui avait déjà conditionné son autorisation d’embarquer à l’obtention préalable du baccalauréat, lui met alors le marché en mains : c’est médecine ou rien. «  J’avais un bac littéraire. »

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L’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection

« Aujourd’hui, je ne pourrais même pas rentrer en fac de médecine avec un bac littéraire », s’amuse-t-il aujourd’hui. Une fois dans la place, le jeune Didier Raoult se passionne. Et développe, au fil de ses études, un goût prononcé pour la recherche et pour les maladies infectieuses et tropicales, qu’il découvre à la fac puis durant son service militaire à Tahiti.

Son premier labo de recherche, il le créé en 1984 après un premier exploit : la mise au point d’une procédure de mise en culture des bactéries très rapide et efficace. C’est avec cette «  unité des rickettsies » qu’il commence à constituer son équipe. Michel Drancourt et Philippe Brouqui le rejoignent dès cette époque. Suivront Philippe Parola, Bernard La Scola, Jean-Marc Rolain, Pierre-Edouard Fournier, tous devenus professeurs et tous investis dans le grand œuvre de Didier Raoult : l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection, un des six IHU créés ces dix dernières années, aujourd’hui en pointe dans de très nombreux domaines de recherche. Dont, bien sûr, le coronavirus, avec les espoirs de traitement efficace nés des travaux des scientifiques chinois et de l’équipe de l’IHU marseillais.

À la tête d’un des 6 IHU créés en France !

Pour en arriver là, Didier Raoult n’a jamais cessé de se battre. Primo parce qu’il aime ça. L’affrontement, la confrontation, la controverse… sont pour lui des contextes stimulants. Son talent, ses connaissances et sa capacité à faire travailler les gens ensemble lui ont souvent permis de triompher. Et la carapace qu’il s’est fabriquée au fil du temps l’a toujours protégé des critiques et des mises en cause. « Il a un niveau d’estime de soi très élevé et très stable », confie un de ses proches pour situer le personnage, souvent décrit comme arrogant, cassant, voire méprisant par ses détracteurs. Il est vrai que pas grand monde ne l’impressionne et qu’il ne prend guère de précautions pour dire ce qu’il pense des uns et des autres, surtout de celles et ceux qui disposent d’un pouvoir que lui juge exorbitant ou illégitime. Son IHU à peine inauguré, il s’est ainsi affronté à Yves Lévy, alors patron de l’Inserm (2), qui est aussi l’époux de la ministre de la Santé de l’époque, Agnès Buzyn. Résultat : même s’il s’agit d’un des pôles de recherche les plus prolifiques du pays, Méditerranée Infection n’a pas le label Inserm. Pas plus qu’il n’a celui du CNRS (3), peu ou prou pour les mêmes raisons. Ce qui ne l’empêche pas de produire toujours de la bonne science. Et de donner ainsi des aigreurs d’estomac à tous ceux qui aimeraient le voir trébucher, à Paris mais aussi à Marseille, où son insolente réussite a toujours attisé les jalousies et entretenu les querelles de palais parmi les mandarins qui n’avaient ni son talent, ni ses capacités fédératrices, mais auraient adoré avoir ses moyens.

Une crédibilité internationale …

Didier Raoult s’est appuyé sur les travaux d’un de ses confrères chinois pour mettre au point un traitement qui a guéri la grande majorité des patients à qui il a été administré. Abonné aux revues scientifiques à comité de lecture les plus prestigieuses comme Nature ou Science, il y signe ou cosigne une centaine d’articles chaque année et figure ainsi systématiquement dans le trio de tête des chercheurs hexagonaux en termes de production scientifique. Sauf que son look, son franc-parler et son identité marseillaise l’ont toujours desservi. Lui s’en fiche comme d’une guigne. Car, quel que soit le sujet, les faits finissent souvent par lui donner raison, alors même que ses déclarations sont immédiatement battues en brèche par des armées de pseudo-experts. Qui ont peut-être du mal à admettre que des Marseillais puissent figurer parmi les meilleurs spécialistes mondiaux de l’infection.

Mal aimé en France

On l’a encore constaté fin février 2020, lorsque Didier Raoult a présenté la chloroquine comme un traitement potentiellement efficace contre le coronavirus. Utilisée depuis le milieu du XXe siècle dans le traitement du paludisme, cette molécule très bon marché pouvait-elle être une arme décisive contre une nouvelle maladie virale ? «  Certainement pas ! », ont affirmé en chœur tout une cohorte de médecins et experts autoproclamés à la radio et sur les plateaux de télévision. À commencer par le ministère de la Santé lui-même, qui a accolé l’étiquette « fake news  » sur les annonces de Didier Raoult plus d’une journée durant, parce qu’un journaliste d’un grand quotidien national les avait qualifiées de la sorte. Trois semaines plus tard, patatras ! À accorder plus de valeur aux propos échangés devant les caméras qu’à l’analyse de l’un des infectiologues les plus réputés de la planète, le ministère de la Santé s’est littéralement pris les pieds dans le tapis. Tout comme le directeur général de l’assistance publique hôpitaux de Paris (APHP), qui n’avait pas de mots assez durs contre Didier Raoult fin février 2020 au micro des chaînes d’information en continu.

Une parade face au Covid 19 ?

Aujourd’hui, la prudence reste de mise en haut lieu, mais on se garde bien de formuler les mêmes commentaires méprisants. « Ce que je disais à ce moment-là n’a pas germé spontanément dans ma tête, sourit Didier Raoult. Cela s’appuyait sur deux choses : d’une part ma propre expérience, puisqu’ici, à Marseille, nous utilisons l’hydrxychloroquine dans le traitement des infections bactériennes depuis plus de 25 ans. D’autre part les travaux du professeur Zhong Nanshan, un de mes plus brillants confrères chinois, qui a évoqué l’efficacité de la chloroquine dans une conférence de presse le 17 février 2020.  » Sauf que, selon Didier Raoult, « à Paris, ils ont beaucoup de mal à admettre que la France ne soit plus le phare de la science mondiale et que les chercheurs plus performants aujourd’hui, c’est en Asie du sud-est qu’on les trouve et plus en Occident. » Les déclarations de l’infectiologue chinois n’ont d’ailleurs pas été relayées en France.

Un essai clinique plus tard, les résultats obtenus à l’IHU Méditerranée Infection recoupent ceux de Zhong Nanshan, confirmant ainsi l’efficacité de la chloroquine dans le traitement du coronavirus. Mieux : associée à un vieil antibiotique, l’azythromycine, la non moins vieille chloroquine a débarrassé du coronavirus plus 90% des personnes porteuses incluses dans l’essai clinique marseillaise. « Et cette combinaison des deux molécules, c’est nous qui l’avons inventée ! », souligne Didier Raoult, prêt à traiter tous les patients qu’on lui amènera pour finir de démontrer l’intérêt de ce cocktail médicamenteux.

Pourquoi a-t-il fallu en arriver là pour que cessent les critiques et que les autorités françaises considèrent enfin que ses déclarations avaient du sens ?

Guerre de positions

« Le problème, indique l’infectiologue, c’est qu’intellectuellement, ils ont du mal à admettre qu’une nouvelle maladie, un nouveau virus, puissent être traités efficacement par des molécules anciennes qui ne coûtent rien, et pas par une nouvelle prouesse de la recherche pharmaceutique, très chère et très compliquée à industrialiser. »

Didier Raoult sait de quoi il parle. Depuis des années, il plaide pour une révision des modèles économiques de la santé, afin que l’ensemble des molécules existantes, créées pour la plupart au XXe siècle, soient considérées comme un patrimoine au service de l’humanité. «  Ce n’est pas le cas aujourd’hui, se désole-t-il, car on abandonne les médicaments qui ne rapportent rien, même s’ils sont efficaces. C’est comme ça que plus aucun antibiotique n’est fabriqué en Occident et que nous avons régulièrement des pénuries sur des molécules très importantes, comme récemment la doxycycline, indisponible pendant 6 mois alors que nous en avons besoin au quotidien pour soigner les gens. »

La question reste entière avec le coronavirus : si l’efficacité de la combinaison chloroquine/azythromycine se confirme, on pourra guérir tout le monde mais cela ne rapportera d’argent à personne. Un problème, vraiment ?

*IHU Méditerranée Infection – Le défi de la recherche et de la médecine intégrée. Ed Michel Lafon 2018.

Bonus

Didier Raoult dans le comité scientifique de crise – Créé le 11 mars 2020 sur volonté du président de la République, un comité scientifique composé de 11 experts, chercheurs et professionnels de santé a été mis sur pied. Sa mission, expliquait un communiqué du ministère des Solidarités et de la Santé, est «  d’éclairer la décision publique dans la gestion de la situation sanitaire liée au coronavirus  ». Le comité, présidé par le Pr. Jean-François Delfraissy (immunologiste et président du Comité consultatif national d’éthique), est composé au total de 11 experts, médecins et chercheurs.Les membres du comité qu’il dirige sont majoritairement des experts en épidémiologie et en infectiologie. Ils « ont été choisis pour leur expertise reconnue sur le sujet, dans une approche multidisciplinaire  ». Denis Malvy est spécialiste des maladies tropicales à Bordeaux, Didier Raoult a mené le premier test clinique à l’hydroxychloroquine contre le coronavirus à Marseille et Yazdan Yazdanpanah est chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Bichat de Paris. Le comité comprend aussi le virologue Bruno Lina, directeur du Centre national de référence de la grippe à Lyon, l’épidémiologiste de l’Institut Pasteur Arnaud Fontanet, Lila Bouadma, médecin spécialisée en réanimation, et le médecin de ville Pierre-Louis Druais, fondateur du Collège de la médecine générale. Il y a aussi un épidémiologiste modélisateur, Simon Cauchemez. Enfin, deux chercheurs en sciences sociales viennent compléter cette équipe et lui apporter une touche « interdisciplinaire » : l’anthropologue Laetitia Atlani-Duault, qui a fait une thèse sur la prévention du VIH, et le sociologue Daniel Benamouzig, spécialisé en politique et économie de la santé.

Mini-interview

– Sur la base des résultats obtenus auprès des patients inclus dans sa première étude clinique, Didier Raoult suggère que les autorités sanitaires changent de stratégie au profit d’un scénario « à la coréenne ».

Qu’est-ce que la Corée-du-Sud a fait de différent par rapport à la France pour endiguer l’épidémie ?

Ils ont choisi de tester massivement leur population et de mettre à l’isolement uniquement les personnes porteuses du virus. Jusqu’à présent, cela leur a permis de maîtriser la progression du virus sans confiner tout le monde. Il faut rester prudent car nous n’avons pas beaucoup de recul, mais il est certain que tester comme ils l’ont fait, ça coûte in fine beaucoup moins cher que de mettre toute l’économie du pays à l’arrêt.

A-t-on la capacité technique de faire des tests massifs en France ?

Ce n’est pas un problème technique ni un problème médical. C’est seulement une question de choix stratégique et d’organisation. Si nous voulions, nous pourrions mettre en place des tests massifs assez rapidement.

Les traitements avec lesquels vous avez obtenu des résultats encourageants peuvent-ils être généralisés rapidement ?

Les deux molécules que nous utilisons sont connues, peu chères et faciles à produire. Sanofi a proposé 300 000 doses d’hydroxychloroquine (Plaquenil ou Nivaquine sont ses noms commerciaux, ndlr) aux autorités françaises pour ce traitement. D’autres essais conduits par d’autres équipes vont avoir lieu. Je suis assez confiant sur les résultats qu’elles obtiendront.

Information

Didier Raoult va tous les jours sur le site du South China Morning Star qui offre, selon lui la meilleure synthèse de l’actualité mondiale concernant le covid 19.

Bibliothèque

– (1) Entre autres ouvrage : « Dépasser Darwin » (Plon – 2010), « Votre santé : Tous les mensonges qu’on vous raconte et comment la science vous aide à y voir clair » (Michel Lafon – 2015), « Arrêtons d’avoir peur ! » (Michel Lafon – 2016), « Mieux vaut guérir que prédire » (Michel Lafon – 2017), « La vérité sur les vaccins : tout ce que vous devez savoir pour faire le bon choix » (Michel Lafon – 2018)

(2) Institut national de la santé et de la recherche médicale.

(3) Centre national de la recherche scientifique.


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Idriss J. Aberkane @idrissaberkane· 20 mars 2020
Vous voulez comprendre pourquoi la France n’a pas de Silicon Valley ? Elle massacre ses propres talents quand les US leur donnent la parole.
https://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/exclusif-coronavirus-le-seul-produit-a-la-fois-efficace-et-disponible-cest-la-chloroquine-1187064

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IHU Méditerranée Infection @IHU_Marseille · 20 mars 2020
Portrait de Didier Raoult par Hervé Vaudoit, auteur du livre l’IHU Méditerranée Infection - Le défi de la recherche et de la médecine intégrées.
Lien vers l’article : https://urlz.fr/c8CW
Lien vers le livre (gratuit en Kindle) : https://amazon.fr/LIHU-m%C3%A9dit%C3%A9rran%C3%A9e-infection-recherche-int%C3%A9gr%C3%A9es-ebook/dp/B07FR5W1ZN
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