Les start-up européennes de la santé en quête de financement en juin 2019

, dans le réseau de Maryvonne Hiance

Les sociétés biotech peinent à réunir des tours de table de plus de 50 millions, et Euronext manque de liquidités. Elles sont donc poussées à franchir l’Atlantique.

Que manque-t-il au secteur de la biotech européenne pour faire aussi bien que la biotech américaine ? Si le Vieux Continent a fait des progrès ces dernières années, le financement fait aujourd’hui figure de talon d’Achille, jugent les acteurs du secteur, réunis le 24 juin 2019 pour des « HealthTech investor Days » par l’association France Biotech .

« La situation est assez bloquée en ce moment », jugeait ainsi Gilles Nobecourt, directeur associé chez Andera Partners, en marge des discussions. Après le rachat par Gilead (pour 11 milliards de dollars) de Pharmasset, en 2011, qui lui a apporté les médicaments contre l’hépatite C qui ont connu le succès qu’on sait, des investisseurs généralistes ont pensé pouvoir gagner de l’argent avec la biotech, même avec des valorisations élevées. « Il y avait beaucoup d’argent disponible des deux côtés de l’Atlantique  », rappelle l’investisseur.

Mais, entre mi-2015 et fin 2016, le secteur a connu un ralentissement. Les investisseurs généralistes ont alors quitté la biotech ou, pour ceux qui sont restés, se sont repositionné sur le Nasdaq. « D’où un manque de liquidité et de profondeur sur Euronext  », observe Gilles Nobecourt. Entre 2008 et 2018, 132 opérations (tous secteurs confondus) ont été réalisées sur Euronext, qui ont permis de lever un peu plus de 3 milliards d’euros tandis qu’au Nasdaq, 355 opérations ont permis de lever 24 milliards d’euros.

Temps de développement longs

En France, en effet, si l’écosystème financier est très actif pour l’amorçage et le démarrage des biotech, au-delà de ce stade, les entreprises sont entravées par la pénurie de financements. « En Europe, le capital-risque investit dans les deux premiers tours de table, mais rares sont ceux qui vont au-delà », comme Andera Partners, Sofinnova ou Kurma biotech, explique Olivier Garnier, associé fondateur de Bryan Garnier. Or, dans cette industrie, les temps de mise au point des produits sont longs (une douzaine d’années) et coûteux : un essai de phase III, dernière étape avant l’enregistrement, coûte 50 à 150 millions d’euros. Signe encourageant, toutefois : alors qu’en 2017, il n’y avait eu qu’une seule levée de fonds à plus de 100 millions d’euros, il y en a eu 3 en 2018 et déjà 4 en 2019.

Si les sociétés européennes ne trouvent pas de financement privé, elles n’ont d’autre choix que la Bourse. Et c’est souvent prématuré. Typiquement, elles sont à un stade de développement où elles ont une molécule avec des résultats de phase II, et un partenariat industriel sur le point d’être signé. « Dès qu’elles signent, cédant ainsi les droits sur leur molécule, elles se retrouvent au point de départ, à prendre à nouveau tous les risques pour développer avec une deuxième molécule  », explique Olivier Garnier. « Elles ne lèvent alors que 20 millions au lieu des 80 dont elles auraient besoin pour développer plusieurs molécules à la fois, comme le font leurs consoeurs de l’autre côté de l’Atlantique, ce qui les fragilise. »

Prix trop élevés

Celles qui en ont les moyens optent parfois pour le Nasdaq. Mais si les Européens y sont bien accueillis, nourrir l’intérêt des investisseurs dans la durée s’avère souvent difficile. Pour y parvenir, les patrons ont alors tendance à déplacer leur siège de l’autre côté de l’Atlantique et à développer leur activité aux Etats-Unis pour devenir de plus en plus américains.

« Nous avons donc absolument besoin de créer un Nasdaq européen  », conclut Olivier Garnier. Mais pour faire venir les investisseurs, il faut des succès. « Il faut donc arrêter de mettre les sociétés en Bourse à un prix trop élevé, insiste Olivier Garnier. Car, en Europe, sur les 27 sociétés introduites en Bourse depuis juin 2010, 85 % ont vu leur cours retomber en dessous de leur prix d’introduction. »

Catherine Ducruet

Publié par Catherine Ducruet le 01 juillet 2019 dans https://www.lesechos.fr/

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