La HealthTech, la mine d’or méconnue de la French Tech La santé devient un domaine stratégique pour la tech française.

, dans le réseau de Christophe Juppin

Avec plus de 1700 entreprises, la France possède le deuxième écosystème le plus dynamique en Europe dans le domaine des biotech, des medtech et de la e-santé. Malgré les difficultés qu’elles rencontrent toujours pour grandir et se financer, ces pépites incarnent une filière d’excellence pour la tech française. Le gouvernement en prend -tardivement- conscience.

« Une claque ». C’est par ces mots que Bruno Arabian, consultant spécialisé en HealthTech, a qualifié la publication du Next40, la liste des quarante plus belles pépites de la French Tech dévoilée en septembre dernier par Emmanuel Macron. L’objet de son courroux ? Seules deux pépites dans le domaine de la santé intègrent la sélection : l’inévitable Doctolib, champion européen de la prise de rendez-vous en ligne, et BioSerenity, qui produit des vêtements intelligents mesurant les paramètres biomédicaux pour mieux diagnostiquer et suivre les patients atteints de maladies chroniques. « Une fois de plus, l’innovation en France se limite au numérique. Point barre », tempête-t-il dans une tribune publiée dans plusieurs médias.

Ce manque de visibilité, interprété comme un manque de reconnaissance, a partiellement été corrigé avec la publication, en janvier 2020, du French Tech 120, qui offre à 123 startups identifiées comme les plus prometteuses du pays -dont celles du Next40- un programme d’accompagnement sur-mesure pour les aider à grandir. La HeathTech y est même le premier secteur représenté, avec 20% des sélectionnés. "Cela paraît plus conforme au vrai poids de la filière », se réjouit Franck Mouthon, le président de France Biotech.

Effectivement, même si elle est peu mise en avant, la HealthTech offre un autre visage de l’excellence technologique française. Le panorama 2019 de la filière, publié le 5 février 2020 par la fédération professionnelle France Biotech, dresse le portrait d’un écosystème en pleine ascension. «  2019 a été une année charnière avec des progrès majeurs » se félicite Franck Mouthon. L’excellence reconnue de la France dans le domaine médical, la qualité de la recherche clinique et académique, l’arrivée à maturité de certaines technologies comme l’intelligence artificielle, l’accès de plus en plus facilité aux données de santé -notamment avec le lancement du Health Data Hub- et l’abaissement des barrières à l’entrée pour innover -les coûts baissent pour le hardware comme pour le software- aiguisent les appétits des entrepreneurs les plus ambitieux. Grâce aux outils d’aide à l’innovation comme le Crédit impôt recherche (CIR) ou le dispositif Jeune Entreprise Innovante (JEI), les fonds d’investissement embrayent enfin et se montrent moins frileux pour financer ces startups au retour sur investissement plus long et incertain.

Le financement des HealthTech explose

Ainsi, en 2019, les HealthTech ont levé 1,8 milliard d’euros en France, dont 60% par le capital-risque, 29% en refinancement, et 11% via des entrées en Bourse (IPO). Soit une progression spectaculaire de 79% en capital-risque par rapport à 2018. Un écosystème solide d’incubateurs (Eurasanté, Agoranov, Paris Biotech Santé...) et d’investisseurs (LBO France, Elaia, XAnge, Patient Autonome de Bpifrance...) accompagne les startups, et les gros tours de table se multiplient, à l’image des 65 millions d’euros levés par BioSerenity ou les 48 millions d’euros d’ImCheck (anticorps contre le cancer).

« Les investisseurs sont de plus en plus nombreux à réaliser que les biotech et les medtech créent de fortes barrières technologiques à l’entrée, que le marché se structure pour accueillir ces solutions, et que ces nouveaux traitements et dispositifs médicaux peuvent sur le long terme révolutionner la médecine donc devenir très rentables  », précise Franck Mouthon.

Les chiffres montrent ainsi que la France, grâce à la profondeur de sa recherche et à la présence de champions mondiaux de la santé, a une vraie carte à jouer en Europe. L’Hexagone est ainsi devenu en quelques années le deuxième écosystème HealthTech européen, juste derrière le Royaume-Uni. Les pépites du secteur de la santé offrent aussi des perspectives de sortie meilleures que les autres branches de la tech. Avec 90 sociétés cotées (58 biotechs et 32 medtechs), pour une capitalisation boursière totale de près de 24 milliards d’euros, les Healthtech font d’Euronext (Paris, Bruxelles, Amsterdam, Dublin, Lisbonne) le premier marché boursier en Europe et le deuxième au monde pour les sciences de la vie. Et sur ces 90 sociétés, 69 sont françaises...

De fait, les HealthTech devraient pleinement profiter des 6,2 milliards d’euros annoncés par Emmanuel Macron dans le financement de l’innovation de la part des investisseurs institutionnels. «  On sent un vrai frémissement », confirme Jean-Claude Mongrenier, le fondateur et CEO de la biotech BiologID, spécialisée dans la traçabilité des produits sanguins et membre du French Tech 120. Qui poursuit :

"Jusqu’à présent, le marché n’était pas prêt, les entrepreneurs étaient freinés par le manque d’investisseurs, par l’inertie des établissements de santé et par les contraintes réglementaires. Mais à ma grande surprise, je deviens positif et même optimiste. Les verrous sont en train de sauter et je ne pense pas qu’une startup comme la mienne qui débute aujourd’hui rencontrera autant de freins".

Mobilisation des pouvoirs publics

La sur-représentation des HealthTech dans le French Tech 120 par rapport à leur sous-représentation dans le Next40, traduit aussi une prise de conscience du gouvernement que la santé devient un domaine stratégique pour la tech française. "20% des startups françaises au CES de Las Vegas étaient des HealthTech, remarque Kat Borlongan, la directrice de la Mission French Tech. Il y a quelque chose à faire pour mieux valoriser et développer cette filière, mieux l’intégrer au reste de la French Tech", ajoute-t-elle, énigmatique.

De son côté, le gouvernement met en avant les multiples dispositifs développés pour aider la filière, du financement (Bpifrance, CIR, JEI...) à l’anticipation des conséquences réglementaires et fiscales du Brexit, en passant par l’adaptation de la nouvelle réglementation européenne relative aux dispositifs médicaux (DM), qui entrera en vigueur le 26 mai 2020 et qui renforce la surveillance et les procédures de certification. Le secteur attend aussi avec impatience la publication du décret d’application autorisant l’accès précoce, pour les medtech, aux dispositifs médicaux innovants. "Il y a encore des freins à lever sur l’accès au financement, il faut aussi sécuriser les partenariats public-privé qui sont très importants pour nous", rappelle Franck Mouthon. Des conditions indispensables pour que la France joue pleinement son rôle dans le virage technologique que prend le secteur de la santé au niveau mondial.


Les trois grandes branches de la HealthTech

Les biotech : il s’agit des solutions mélangeant les sciences du vivant (biologie) et les technologies issues de diverses autres disciplines (physique, chimie, informatique...). Si la santé est le débouché majeur des biotech, notamment dans les domaines de l’oncologie, des maladies infectieuses et du système nerveux central, les solutions s’étendent à d’autres secteurs comme l’environnement, l’agriculture ou l’industrie. Enyo Pharma (molécules pour maladies incurables), ImCheck (maladies du système immunitaire) ou encore Dynacure (nouveaux traitements pour les maladies rares ou orphelines) font partie des pépites les plus prometteuses.

Les medtech : ce terme désigne les entreprises qui développent des produits sur la base des nouvelles technologies. Les dispositifs médicaux de diagnostic (autotests, marqueurs tumoraux, réactifs de dosage...) représentent 28% des solutions medtech en France. Une dizaine de medtech ont intégré la liste du French Tech 120, dont Diabeloop (pancréas artificiel pour les diabétiques), HighLife (technologie pour remplacer la valve cardiaque) ou encore Keranova (équipement chirurgical robotisé pour les opérations de l’œil).

La e-santé : également appelée « santé digitale » ou « santé connectée », la e-santé désigne les nouveaux outils permettant au secteur de la santé de réaliser sa transformation numérique. Les dispositifs médicaux connectés comme les lecteurs de glycémie, le télé-monitoring des patients, la télémédecine, le diagnostic assisté par ordinateur, les thérapies digitales à base de réalité virtuelle par exemple, en font partie. D’après Xerfi, le marché français de la santé digitale était estimé à 2,7 milliards d’euros en 2014 et devrait atteindre 4 milliards d’euros en 2020.

Publié par Sylvain Rolland le 12 février 2020 https://www.latribune.fr/

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