La France se dote le 18 juillet 2018 d’un « Conseil de l’innovation » pour choisir les priorités technologiques

, dans le réseau de Rosalie Maurisse

Le conseil de l’innovation, instance de pilotage stratégique a été présenté et lancé le 18 juillet 2018. Le conseil supervisera notamment les priorités du fonds pour l’innovation et l’industrie qui sera notamment alimenté par les cessions d’actif autorisées dans la loi Pacte. Lors de sa première séance, le conseil pour l’innovation a déjà défini deux priorités dont l’amélioration des diagnostics médicaux grâce à l’intelligence artificielle.

Le gouvernement tente de mettre de l’ordre dans le maquis des 10 milliards d’euros dépensés chaque année par la puissance publique sous forme d’aides à l’innovation .

À cette fin, un nouveau « conseil de l’innovation » a été installé mercredi 18 juillet 2018 avec pour mission de définir clairement les priorités de l’exécutif afin d’éviter l’effet saupoudrage dont souffre la France depuis des années.

Composition et missions du conseil de l’innovation

Le conseil est coprésidé par Bruno Le Maire, le ministre des finances et de l’Économie et Frédérique Vidal, son homologue à l’enseignement supérieur, la recherche et l’Innovation

Le conseil de l’innovation est composé du ministre de la Transition écologique et solidaire, de la ministre des Armées, du secrétaire d’État au Numérique et du ministre de l’Action et des Comptes publics. Bpifrance et l’agence nationale de la recherche (ANR), en tant qu’opérateurs de dispositifs de soutien à l’innovation, assistent aussi aux réunions du conseil de l’innovation.

Outre les ministres concernés par le financement des politiques liées à l’innovation (Bruno Le Maire et Frédérique Vidal, qui le co-présideront, mais aussi Nicolas Hulot, Florence Parly, Gérald Darmanin et Mounir Mahjoubi), cette instance qui doit se réunir trois fois par an rassemble six personnalités sélectionnées pour leur profil. « Nous voulions un start-upper ayant réussi, un économiste qui connaisse l’innovation, un scientifique, un chercheur ayant récemment franchi le pas, un grand patron d’une industrie innovante...  » énumère-t-on dans l’entourage de Bruno Le Maire.

L’expertise et la vision du conseil de l’innovation sera renforcée par la participation de six personnalités qualifiées issues des domaines de la recherche, de l’industrie, du capital-innovation, de l’entrepreneuriat, et de l’économie de l’innovation : Le casting est de fait à la hauteur de cette ambition : aux côtés de Benoît Potier, PDG d’Air Liquide, siégeront Eric Carreel, fondateur de Sculpteo, Withings et Invoxia, Isabelle Ryl, directrice générale déléguée aux tranferts et aux partenariats par intermi à l’Inria, Isabelle de Crémoux, centralienne et présidente du directoire du fonds de capital-rique Seventure Partners, Marie Maynadier, créatrice du spécialiste de l’imagerie 3D médicale EOS Imaging et l’économiste Jean-Michel Dalle.

Le conseil de l’innovation aura notamment pour missions :

- de définir les grandes orientations et les priorités de la politique de l’innovation, appuyées par des travaux d’évaluation et de prospective ;
- de décider, sous la forme d’une feuille de route, des mesures susceptibles de renforcer la transversalité de la politique de l’innovation, et de simplifier le paysage des aides à l’innovation. Notamment, il assurera leur bonne articulation avec les dispositifs régionaux et européens, avec pour objectif de préparer les entreprises et les acteurs de la recherche publique à accéder aux appels à projets les plus adaptés à leurs besoins ;
- de formuler des recommandations sur les moyens financiers dédiés à la politique de l’innovation, afin de favoriser l’émergence d’innovations de rupture et leur industrialisation en France.

Le conseil se veut à la croisée des différents dispositifs (crédits d’impôts, prêts, fonds propres...) et institutions (Bpifrance, pôles de compétitivité, Instituts de recherche technologique...) qui soutiennent les start-up innovantes dans notre pays.

Le conseil pilotera notamment les investissements du fonds pour l’innovation et l’industrie. Le fameux fonds pour l’innovation de rupture, sur lequel le candidat Emmanuel Macron s’était engagé pendant sa campagne. Doté de 10 milliards d’euros, grâce aux cessions d’actifs, ce fonds dégagera une capacité d’investissement annuelle de 250 millions. Cette somme sera répartie de la manière suivante : 70 millions d’aides individuelles versées par Bpifrance à des projets très innovants ; 150 millions sur des grands défis définis tous les ans et 25 millions sur la nanoélectronique.

55 mesures pratiques

La création du conseil de l’innovation était recommandée dans un rapport sur les aides à l’innovation, remis en mars mais publié ce mardi de Jacques Lewiner (ESPCI), Ronan Stephan (Plastic Omnium), Stéphane Distinguin (Fabernovel) et Benjamin Dubertret (Inspection des finances). Les auteurs y proposent 55 mesures pratiques « pour gagner en impact et en lisibilité, sans heurter inutilement un paysage qui ne pourra ni ne devra jamais ressembler à un à la française. » Les auteurs recommandent par exemple (proposition 22) de porter le taux de déduction de l’IR-PME à 30 % ( contre 18 %), dans la limite d’un plafond relevé à 100.000 euros (50.000 aujourd’hui) de versements annuels pour un célibataire, pour l’investissement direct dans des entreprises de moins de dix ans labellisées comme innovantes.

Les premiers « défis » retenus portent sur l’intelligence artificielle, plus spécifiquement sur le rôle que celle-ci peut jouer dans l’amélioration des diagnostics médicaux et sur la fiabilisation de cette technologie. « La France a pris du retard sur l’innovation disruptive, c’est-à-dire l’innovation qui ne rapporte pas toute de suite, qui n’améliore pas la productivité immédiate des entreprises, mais qui prépare les sauts technologiques du futur », a déclaré Bruno Le Maire.

Quatre défis centrés sur des verrous technologiques

Le conseil sera notamment chargé de déterminer les "grands défis" (3 à 5 par an) qui se partageront une somme de l’ordre de 150 millions par an, issue du rendement du capital de 10 milliards d’euros du fonds pour l’innovation et l’industrie, créé le 15 janvier 2018. Ces défis devront être autant de questions très concrètes, centrées sur un verrou technologique actuel.

Lors de sa première séance, le conseil pour l’innovation en a déjà défini deux :
- l’amélioration des diagnostics médicaux grâce à l’intelligence artificielle et
-  la fiabilisation, la sécurisation et l’explicabilité des dispositifs utilisant l’intelligence artificielle.
Deux autres au moins doivent être déterminés en fin d’année 2018. Objectif : stimuler l’innovation disruptive pour "préparer les sauts technologiques du futur", a indiqué Bruno Le Maire. "Nous sommes déterminés à être le pays phare pour l’innovation de rupture en Europe", a-t-il poursuivi.

Aides à l’innovation : le rapport Lewiner

Cette première réunion a aussi été l’occasion de présenter le rapport établi par quatre personnalités sur la pertinence et l’efficacité des aides à l’innovation.

Le rapport de la mission sur les aides à l’innovation, orchestré par Jacques Lewiner, directeur scientifique honoraire de l’ESPCI avec Ronan Stephan, directeur scientifique de Plastic Omnium, Stéphane Distinguin, président de Fabernovel et Julien Dubertret, inspecteur général des finances, a été rendu public.

Ce document préconise notamment de consacrer un tiers des rendements issus du fonds national pour l’innovation et l’industrie aux start-ups présentant une très forte composante technologique, les deep tech. Une suggestion retenue avec le "plan deep tech" de Bpifrance, dans le cadre duquel 70 millions d’euros doivent être consacrés chaque année à ces sociétés. Toutefois, si le rapport revient sur le constat bien connu de la necessité de simplifier un système d’aides devenu trop complexe...il ne propose aucune suppression de dispositif. "Supprimer des structures est dangereux, car ce qui est important pour favoriser l’innovation de rupture, c’est la stabilité", a justifié Jacques Lewiner, interrogé par Industrie & Technologies. "J’ai en revanche insisté pour qu’on formule des propositions concrètes, comme l’obligation faite à un institut de recherche de répondre dans un délai déterminé à un chercheur qui souhaiterait valoriser son invention, ou le fait de limiter le nombre d’interlocuteurs dans le cas d’un travail ayant associé plusieurs chercheurs rattachés à des entités différentes. Cerrtaines de ces propositions devraient se retrouver dans la loi Pacte". "Un chercheur peut légitimement avoir envie d’accompagner la connaissance qu’il a créée dans son chemin vers la société", avait de son côté insisté Frédérique Vidal, déplorant la tendance à catégoriser la recherche en "lui associant toujours un autre mot : clinique, et développement, fondamentale, de base, etc".

Publié le 18 juillet 2018 dans https://www.economie.gouv.fr/grands-defis


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