La France récolte-t-elle les fruits de sa recherche médicale ? La medtech française est particulièrement performante mais peine à valoriser la recherche médicale

, dans le réseau de Christophe Juppin

Si la vitalité de l’innovation médicale en France s’avère remarquable, nous échouons à valoriser cette recherche. Faute de relais de financement, nombre de brevets ou de droits sur ceux-ci sont perdus ou cédés à vil prix à l’étranger. A terme, ces pertes vont affecter la compétitivité et l’excellence de notre système de santé.

Issu de la recherche en thérapie génique, le Zolgensma, qui vient d’être autorisé aux Etats-Unis, va changer la vie des enfants atteints d’atrophie musculaire spinale. Ce médicament miracle est le fruit de l’excellence de la recherche française, plus particulièrement de Généthon, le laboratoire de thérapie génétique de l’AFM-Téléthon et du CNRS. Ce brevet a été cédé 15 millions de dollars en 2018 à la start-up américaine Avexis. Un mois plus tard, Avexis, forte de ce seul brevet, est rachetée 8,7 milliards de dollars par Novartis. In fine, le médicament est commercialisé 2,1 millions de dollars aux Etats-Unis.

Ce traitement révolutionnaire issu de la générosité de nos concitoyens, de la subvention publique et du génie français, n’est à l’heure actuelle pas commercialisé en France et, s’il l’est, il s’avérera particulièrement coûteux pour notre système de santé.

Un tissu de start-up particulièrement performantes

Comment en est-on arrivé là ? Malheureusement, cette affaire est emblématique de l’absence de stratégie à long terme en matière d’innovation santé.

La medtech française est particulièrement performante. A l’excellence de notre recherche s’allie un écosystème très favorable. Les sociétés innovantes de la healthtech ont accès à un financement adapté au démarrage. L’environnement fiscal - statut de jeune entreprise innovante, crédit impôt recherche - s’avère très avantageux pour ces jeunes pousses et, lors du développement des phases pré-cliniques et des premières phases cliniques, ces start-up trouvent encore des relais de croissance auprès de fonds spécialisés. Une nécessité au regard des frais de recherche et de développement que le secteur privé engage : environ 4,8 millions d’euros par entreprise en 2017.

Absence de relais de développement

Plus d’une entreprise sur deux de la healthtech connaît des difficultés à lever des fonds. Au moins une société sur quatre rencontre des problèmes de trésorerie qui fragilisent l’indépendance financière et la croissance.

Lorsque la start-up atteint un certain stade de maturité, les financements ne sont plus au rendez-vous. Or, le dépôt de brevet constitue une étape essentielle et onéreuse à ce stade de développement. Cette étape contraint les entreprises à se refinancer à très court terme si elles veulent pouvoir développer, puis commercialiser le fruit de leur recherche. C’est à ce moment qu’elles sont les plus fragiles et à la merci des investisseurs privés étrangers qui convoitent les pépites de la recherche française.

L’absence de financement adapté post-amorçage nuit au développement de ces fleurons de la recherche française et les start-up non cotées valorisées à plus d’un milliard d’euros font figure d’exception sur notre territoire. Ce qui est loin d’être le cas aux Etats-Unis.

Par Gilles Bigot, managing partner de Winston & Strawn.

Publié par Gilles Bigot le 12 aout 2019 dans https://business.lesechos.fr


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