Covid-19 : Dépassés par la pandémie de Covid-19, les hôpitaux alsaciens au bord de la rupture le 19 mars 2020 Avec cette épidémie, le nombre de malades double chaque jour.

, dans le réseau de Christophe Juppin

Si la région Grand Est n’a pas encore atteint le pic de l’épidémie, les hôpitaux sont déjà débordés. Le centre hospitalier de Mulhouse, par exemple, n’est plus en mesure d’accueillir les nouveaux malades du Covid-19.

Au téléphone, le docteur Jean Rottner n’a que quelques minutes à consacrer aux journalistes. Et pour cause : pour ce médecin urgentiste, ancien maire de Mulhouse et président de la région du Grand Est (LR, droite), le temps est compté dans tous les sens du terme. Le centre hospitalier Émile Muller Sud-Alsace est à vingt minutes de voiture, en ces jours de confinement, de l’Hôpital universitaire de Bâle.

Côté français : 1 076 cas déclarés au 18 mars 2020 dans les deux départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, un véritable tsunami de malades qui menace de faire craquer les structures médicales. Côté suisse : 298 cas pour les cantons de Bâle-Ville et Bâle-Campagne, et une situation nettement moins alarmante en termes de lits disponibles :

« À Mulhouse, nous avons 200 lits occupés par des personnes infectées par le coronavirus, explique l’élu, et cela résulte de la mise à l’arrêt de plusieurs autres services. Le mot d’ordre : transférer le plus de patients possible vers d’autres hôpitaux ».

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Recherche solutions innovantes pour une facilitation du déploiement d’hôpitaux de campagne en soutien aux populations ; Gestion de crise, aiguillage, structuration/modularité des chaînes de prise en charge (e.g. gestion logistique, RH, etc.)

Acte manqué

Jean Rottner a été entendu. Mercredi 18 mars 2020, un vol militaire a acheminé des patients alsaciens vers des hôpitaux de l’armée, tandis qu’un hôpital de campagne – en fait, une structure provisoire dédiée à la réanimation et aux moyens de respiration artificielle – devrait être opérationnel la semaine prochaine. Est-ce suffisant ? Pas sûr, selon Khaldoun Kuteifan, patron de la réanimation à l’hôpital de Mulhouse. Il attribue la saturation au fait que les malades du Covid-19 ont besoin d’assistance respiratoire bien plus longtemps que la moyenne.

Les 70 lits de “réa” disponibles avant la crise à Mulhouse, et les 122 lits de Strasbourg se sont trouvés occupés et des unités de soins paralysées par l’afflux de patients, depuis le rassemblement évangélique fatal de l’église protestante La Porte ouverte chrétienne de Bourtzwiller, un quartier de Mulhouse, du 17 au 24 février 2020.

« La semaine où l’on a tout raté est celle de début mars 2020, poursuit un médecin parisien, ancien interne à Mulhouse. C’est là, lorsque les cas ont commencé à affluer, qu’il fallait déclencher l’alerte absolue. On a oublié l’équation de base : à savoir qu’avec cette épidémie, le nombre de malades double chaque jour. Le corps médical a sa part de responsabilité. »

L’erreur Bourtzwiller

Ce rassemblement religieux de Bourtzwiller, les experts le dissèquent aujourd’hui. Deux mille personnes. Une enceinte confinée, sorte d’église-bunker en béton. Une semaine entière de promiscuité consacrée au jeûne et à la prière. Une date d’ouverture, le 17 février 2020, qui correspond avec le changement de ministre de la Santé, Olivier Véran, remplaçant Agnès Buzyn, candidate aux municipales à Paris.

« Regardez, pas un mot de la ministre de l’époque sur le risque d’un tel rassemblement, s’énerve notre interlocuteur. Or on ne peut pas faire plus proliférateur que ce type de messe où les fidèles venus de la France entière, de Suisse et de l’étranger se serrent les mains et s’embrassent. »

Député du Haut-Rhin et ancien maire d’Altkirch (au sud de Mulhouse) depuis 1997, Jean-Luc Reitzer (LR, droite) illustre ce qui n’a pas marché. Invité de La Porte ouverte chrétienne, le parlementaire y a multiplié les contacts, comme si le coronavirus n’existait pas. Contaminé, il a ensuite propagé le virus à l’Assemblée nationale avant de devoir être admis, à Mulhouse, en réanimation, où son état reste “stationnaire”.

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Recherche solutions innovantes pour de meilleures protections individuelles ou collectives, soignants et populations (e.g. masques, « hygiaphones de fortune », concepts innovants de protection, de barrières, techniques de recyclage, Do It Yourself, etc.)

Manque de moyens et services délabrés

Fautes à répétition ? “Lorsque le 12 mars 2020 Simon Cauchemez, épidémiologiste à l’Institut Pasteur, a pris la parole devant le conseil scientifique réuni par Emmanuel Macron pour annoncer une mortalité possible de 300 000 à 500 000 morts sans confinement, plusieurs médecins autour de la table étaient sceptiques”, se souvient un conseiller présidentiel. Or, à Mulhouse, le “plan blanc” (rappel du personnel soignant, ouverture de lits supplémentaires, report des opérations non urgentes) était déclenché le 7 mars 2020. Cinq jours avant.

L’hôpital de Mulhouse est la digue qui peut craquer. Mais, derrière, les médecins de ville alsaciens sont aussi au bord de la rupture. Dès le 2 mars 2020, le docteur Claude Bronner, président de la Fédération des médecins de France Grand Est, alerte sur le manque de masques de protection. “On est obligé de bricoler, on n’est pas équipé, on comptait sur la Chine, on a vu ce que cela a donné…” explique-t-il à France Info, affirmant que certains de ses confrères utilisent des masques périmés, datant de… 2009.

La téléconsultation, qui aurait permis de désengorger les hôpitaux, est elle aussi laissée de côté malgré ses appels. Les erreurs d’appréciation s’enchaînent. En novembre 2019, les soignants des hôpitaux de Strasbourg et de Mulhouse avaient manifesté et fait grève pour dénoncer la “maltraitance institutionnelle” de l’État, accusé de se désengager de l’hôpital public. Au cœur, déjà, de leurs revendications ? Le délabrement des services d’urgence, dont la réanimation.

Richard Werly

Publié par Richard Werly le 19 mars 2020 sur https://www.letemps.ch

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Le balais des transferts a débuté samedi 21 mars 2020.

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Jean ROTTNER @JeanROTTNER · 27 mars 2020
Je comprends Yannick. Il se bat avec ses équipes depuis 4 semaines contre le #COVID19 et rien n’est encore gagné. Chaque jour est un éternel recommencement. Respect !
AFP Strasbourg @AFPStrasbourg · 27 mars 2020
Coronavirus : à Colmar, le chef des urgences de l’hôpital, Yannick Gottwalles, alerte sur la situation "dramatique" de son service "proche de la rupture" face à une "vague" de patients qui "n’a pas l’air de vouloir s’arrêter" #AFP @sebbozon

Pour en savoir plus :

- 5 choses à savoir sur le covid-19 avec l’expert des virus à Reims le 10 mars 2020
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