Dans les biotechnologies et la santé, le « jeu à la nantaise » fait éclore des pépites un traitement innovant des maladies du foie évitant de recourir à une greffe.

, dans le réseau de Mathieu Evrard, Florence Hallouin

Favorisant le décloisonnement des disciplines et les collaborations entre établissements, l’Université de Nantes contribue à l’émergence de start-up prometteuses : déjà 32 spin-offs issues de l’académique !

On pourrait croire « le jeu à la nantaise », cher aux admirateurs du FC Nantes des années 1980-1990, réservé à l’univers du ballon rond et, qui plus est, tombé aux oubliettes. Heureusement, non : les vertus de l’agilité collective demeurent.

A Nantes, des chercheurs et ingénieurs de tous horizons participent à des programmes dynamitant les frontières entre disciplines, et même entre établissements.

Le phénomène n’est pas nouveau mais, en 2013, l’université de Nantes a opéré sa révolution en se dotant d’un pôle consacré à l’innovation et à la valorisation des travaux issus de ses laboratoires de recherche. «  Jusqu’alors, l’aboutissement du travail de recherche se traduisait par une publication dans une revue scientifique, relève Thierry Brousse, enseignant à Polytech et vice-président de l’université délégué à la valorisation. Or, certains résultats peuvent avoir un impact significatif dans le quotidien des citoyens, notamment dans le secteur de la santé. L’idée, dans ces cas précis, c’est d’accompagner le chercheur pour qu’il mature le fruit de ses travaux et lui donne une forme qui soit préhensible pour une entreprise, ou qui lui permette de créer lui-même son entreprise. »

« Domaine de création »

Le secteur de la santé et des biotechnologies est riche en opportunités, assemblant régulièrement les forces des équipes de l’Inserm, du CNRS, mais aussi d’autres universités et de grands hôpitaux publics, parmi lesquels le CHU de Nantes. Depuis 1999, trente-deux entreprises issues des douze laboratoires de santé de l’université ont été créées. « Cela représente 60 % des entreprises issues de tous les laboratoires de recherche de l’université de Nantes, l’autre grand domaine de création étant celui de l’industrie du futur », précise M. Brousse.

L’université s’est enrichie d’un « service partenariat, innovation, entrepreneuriat ». Les programmes à même de déboucher sur des valorisations sont ainsi soigneusement incubés, puis soutenus financièrement par des structures, telle la Satt (société d’accélération du transfert de technologies) Ouest Valorisation. « Depuis 2012, Ouest Valorisation a mobilisé 4 millions d’euros pour favoriser l’émergence de vingt dossiers biotech à Nantes », fait valoir M. Thierry Brousse.

« Niveau de financement très élevé »

Symbole de cette réussite : l’éclosion de la start-up GoLiver Therapeutics, en avril 2017. Son créateur, Tuan Huy Nguyen, affiche « l’ambition de devenir un leader mondial dans la médecine régénérative » en mettant sur le marché, à l’horizon 2025, un traitement innovant des maladies du foie évitant de recourir à une greffe. M. Tuan Huy Nguyen, 47 ans, a posé ses valises à Nantes en 2006 pour intégrer l’Inserm en tant que chercheur. « Faire de la recherche médicale était mon Graal  », confie-t-il. Au sein du Centre de recherche en transplantation et en immunologie (CRTI), unité mixte associant collaborateurs de l’Inserm et de l’université, il a poursuivi ses travaux, engagés à Paris et en Suisse, afin d’élaborer une solution thérapeutique susceptible de guérir les insuffisances hépatiques aiguës, les maladies génétiques, les cancers du foie ou même les cirrhoses. « L’idée, c’est de fabriquer des hépatocytes, cellules métaboliques du foie, à partir de cellules souches pluripotentes qui ont une capacité à se multiplier de manière indéfinie en laboratoire », énonce M. Tuan Huy Nguyen.

Les essais pratiqués depuis 2015 sur des souris démontrent que « le traitement fonctionne ». «  Chez la souris, il ne s’agissait que d’injecter 1 million de cellules. Pour l’homme, il faut passer à 2 milliards, détaille M. Tuan Huy Nguyen. Très vite, en tant que chercheur, on se heurte à la barrière de l’industrialisation de la production, qui nécessite un niveau de financement très élevé, en l’occurrence 15 millions d’euros. D’où la nécessité de créer la start-up pour réussir à transformer cette innovation en un médicament.  »

« Ecosystème bénéfique »

Plusieurs distinctions ont déjà couronné le projet. Le chercheur a conçu un prototype du médicament, qui se présente sous la forme d’une fiole de vaccin. « Une dose représente 200 000 millions de cellules, précise M. Tuan Huy Nguyen. Il faudra en injecter deux pour soigner un enfant, dix pour un adulte.  » Un partenariat avec l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris est sur orbite pour mener « le premier essai clinique mondial » d’ici à trois ans.

La société, qui emploie huit personnes à Nantes, loue pour l’heure des bureaux à l’université, et bénéficie d’accès aux équipements coûteux des laboratoires. «  Je ne suis pas sûr que j’aurais créé cette start-up sans l’ensemble de cet écosystème bénéfique », dit M. Tuan Huy Nguyen.

Cercle vertueux : des jeunes docteurs et des ingénieurs formés à l’université trouvent des débouchés dans les start-up qui surgissent. « Ça montre qu’on a des formations d’excellence, se réjouit M. Brousse. Les entreprises innovantes n’ont pas besoin d’aller ailleurs et peuvent piocher dans le vivier local. »

Un événement « O21, s’orienter au 21e siècle » se tiendra le mardi 17 décembre 2019, à la Cité des congrès de Nantes, 5, rue de Valmy, Nantes (44). Entrée libre sur inscription. Pour les groupes, écrire à education-o21@lemonde.fr. L’éducation nationale étant partenaire de l’événement, les lycées peuvent organiser la venue de leurs élèves. Des ateliers découverte et aide à la connaissance de soi sont aussi proposés.

Yan Gauchard (Nantes, correspondant)

Publié par Yan Gauchard le 14 décembre 2019 dans https://www.lemonde.fr/


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