Covid-19 : le monde de la fabrication additive et de l’impression 3D s’engage Le secteur de l’impression 3D se mobilise dans la crise sanitaire que traverse la planète.

, dans le réseau de Christophe Juppin

Depuis ce mardi 17 mars 2020 à midi, les Français doivent rester chez eux à l’exception de trajets nécessaires. Une première historique pour l’ensemble du pays. Le monde entier est touché par une pandémie qui a fait de nombreuses victimes. À l’heure actuelle, le virus Covid-19 continue de se propager. Selon Santé Publique France, à la date du 19 mars 2020 à 15 h, 213 254 cas ont été confirmés parmi lesquels 8 843 décès. La majorité des nouveaux cas confirmés est désormais rapportée hors de Chine et notamment en Europe où la transmission s’est intensifiée au cours des dernières semaines.

En France, à cette même date, 10 995 cas ont été confirmés dont 372 personnes sont décédées. Emmanuel Macron, Président de la République française, a nommé de cette situation de « guerre  ».

Face à cette pandémie, de nombreux acteurs mettent leurs idées et leur énergie au service du développement de nouveaux moyens pour aider ceux qui en ont besoin. Le monde de la fabrication additive et de l’impression s’engage aussi !

L’appel de la Commission européenne

Le mercredi 18 mars 2020, une demande de la Commission européenne (plus précisément de la DG Grow qui s’occupe des domaines du marché unique, de l’industrie, de l’entrepreneuriat et des petites entreprises) a été diffusée auprès de plusieurs acteurs européens pour recenser les imprimeurs 3D en Europe, ayant des capacités et des possibilités pour la production de masques et de ventilateurs.

En France, l’Association française des pôles de compétitivité (AFPC) et l’Aerospace Valley ont été en mesure de réaliser un mapping pour la CE. En Allemagne, la coordination a été assurée par la VDI et Mobility Goes Additive. Au niveau européen, l’Association européenne des machines-outils CECIMO apporte également son aide et coordonne une action. La demande a été très bien relayé. Et «  la réponse de l’industrie est massive  », nous a assuré Filip Geerts, directeur général du CECIMO.

D’un point de vue réglementaire, certaines contraintes juridiques peuvent, cependant, entraver la mise en œuvre complète de ces solutions. Le CECIMO affirme que « les États membres devraient envisager de déroger temporairement à certaines des exigences sur les dispositifs médicaux pour les biens stratégiques pendant cette période de crise ».

Imprimer un masque respiratoire

Dans un tel contexte, l’impression 3D et l’open source peuvent apporter une solution rapide et locale. Ainsi, plusieurs acteurs ont mis en ligne des fichiers STL pour imprimer des masques de protection contre le Covid-19. Un modèle de masque simple, imprimable en PLA, est disponible sur le site Cluts3D et sur le site italien opensourcemask.com.

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Un modèle de masque simple, imprimable en PLA, est disponible sur le site Cluts3D et sur le site italien opensourcemask.com.

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Ce masque est imprimé en pièces détachées nécessitant peu de hauteur puis assemblé avec des procédures très simples.

- https://cults3d.com/fr/modèle-3d/outil/masque-covid-19
- https://www.opensourcemask.com/en/

La société Copper3D, spécialisée dans la conception d’un filament 3D antibactérien PLACTIVE qu’elle développe avec la NASA, propose également un fichier STL pour l’impression d’un masque respiratoire, le NanoHack. Ce masque est imprimé en pièces détachées nécessitant peu de hauteur puis assemblé avec des procédures très simples. Il est présenté comme lavable et réutilisable (à l’inverse des nombreux masques jetables), avec un système de filtration modulaire. Toutes les instructions et le fichier STL sont fournis sur le site du fabricant.

Copper3D fabrique ses masques à partir du matériau PLACTIVE, un Nanocomposite innovant développé avec un PLA de haute qualité et un additif Nano-Copper breveté, scientifiquement validé et très efficace, qui rend le produit antibactérien.

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Les études scientifiques sur ces masques n’étant pas réalisées, leur capacité de protection n’est pas garantie.

Des valves produites par SLM, mais aussi des poignées de portes mains libres

Une histoire a fait le buzz dans les médias ses derniers jours. Il s’agit de la fabrication additive de valves respiratoires par la start-up italienne Isinnova. L’hôpital de Chiari à Brescia, en Italie, a eu recours à l’impression 3D pour lutter contre une pénurie de valves permettant de connecter les masques à oxygène aux respirateurs, indispensables pour soigner les patients les plus sérieusement atteints par le Covid-19. Selon Reuters, la start-up italienne Isinnova a répondu à l’appel à l’aide du personnel médical et a fabriqué une centaine de valves en 24 heures pour moins d’un euro pièce. Celles-ci ont été produites par lots à l’aide du procédé de fusion sélectif par laser (SLM). Elles seraient déjà en service, facilitant les soins intensifs des patients luttant contre le virus.

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Fabrication additive de valves respiratoires par la start-up italienne Isinnova.

Le bureau d’impression 3D belge Materialise a, de son côté, proposé une poignée de porte mains libres facile à imprimer pour lutter contre la propagation du coronavirus. Cette solution intelligente élimine le contact avec un objet de transmission courant à la maison, dans les lieux publics et dans les hôpitaux. Il suffit de téléchargez gratuitement un des fichiers de conception (sur le site ci-dessous) et de l’imprimer chez vous, ou auprès de votre imprimerie 3D locale. Les modèles sont applicables aux technologies : Multi Jet Fusion (MJF), frittage sélectif par laser (SLS) ou par dépôt par matière fondue (FDM). L’installation est simple : il suffit de fixer les deux pièces imprimées en 3D à l’aide de vis sur vos poignées.

- https://www.materialise.com/en/hands-free-door-opener/technical-information

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Une poignée de porte mains libres facile à imprimer pour lutter contre la propagation du coronavirus.

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Cette solution intelligente élimine le contact, il suffit de fixer les deux pièces imprimées en 3D sur vos poignées.

Il convient évidemment de réfléchir et de se renseigner sur les réglementations et les droits de propriétés intellectuelles liées à la production non officielle de pièces brevetées. Heureusement, de nombreuses sociétés ont mis ces fichiers STL en open source, comme ceux proposés dans cet article.

Demain, serons-nous solidaire ?

Afin d’assurer la santé de tous et de lutter contre la pandémie, de nombreux gouvernements, dont la France, ont décidé le confinement. Évidemment, une partie des acteurs économiques se mobilise pour lutter contre la propagation du virus. Les professionnels de santé, bien sûr, mais aussi plusieurs industries. L’arrêt de certaines activités pourrait être catastrophique. Plusieurs d’entre elles sont indispensables au secteurs pharmaceutique et agro-alimentaire. Il faut donc bien prendre en compte les mesures de protection et faire preuve de solidarité. « Je crois que le secteur de la fabrication additive peut jouer un rôle important pour soutenir l’effort des travailleurs hospitaliers au milieu de cette urgence  », a expliqué Filip Geerts, directeur général du CECIMO.

Dans un communiqué, la société espagnole BCN3D annonçait mettre son parc machines à disposition et expliquait bien la situation : « S’il y a quelque chose que nous savons, c’est bien la fabrication, et nous voulons mettre nos connaissances à la disposition des autres ». Suite à l’appel de la Commission européenne (voir ci-dessus) de très nombreuses sociétés se sont portées volontaires pour aider. Le monde de la fabrication additive et de l’impression 3D aura un rôle à jouer. Il peut donner vie à de nombreux projet ! Il faut se tenir prêt !

Publié le vendredi 20 mars 2020 https://www.a3dm-magazine.fr

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Jérémy Adam (président de Bone 3D) et Jonas Kosior (responsable de production). Crédit : Bone 3D. Bone 3D lève 1,4 million d’euros pour ses dispositifs médicaux imprimés en 3D le 16 décembre 2019

Pour en savoir plus :

- Bone 3D lève 1,4 million d’euros pour ses dispositifs médicaux imprimés en 3D le 16 décembre 2019
- Covid-19 : A Grenoble, chercheurs et industriels s’unissent pour monter une filière de production éphémère depuis le 16 mars 2020
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