Covid-19 : la pénurie de masques, serpent de mer de l’épidémie

, dans le réseau de Christophe Juppin

Depuis le début de la crise, les soignants alertent sur le manque de masques de protection dont ils ont pourtant tant besoin. "J’aimerai que tous les partisans de la mondialisation aillent expliquer aux famille des décédés du coronavirus. En clair si on n’a pas compris qu’il faut démondialiser, quel message attendons-nous de plus ?"


Voilà des semaines que les soignants lancent l’alerte : les masques de protection, si indispensables (tant pour se protéger que pour protéger leurs patients), manquent dramatiquement. Chez les libéraux d’abord, mais désormais aussi à l’hôpital ou pour les policiers, pompiers, aides à domicile, etc. Objets essentiels à la lutte lors d’une pandémie respiratoire, d’autant que les deux autres armes de santé publique (antiviraux et vaccin) n’existent pas. En attendant, c’est le règne du système D : on économise, on réutilise, on tente des désinfections artisanales ou on fabrique des masques en tissu, en dépit des incertitudes sur l’efficacité de ces techniques. Et la pénurie devient le serpent de mer de l’épidémie de Covid-19.

Le 23 février 2020, Olivier Véran annonçait avoir commandé plusieurs dizaines de millions de masques FFP2. Bien tard selon les fabricants, dont les carnets de commandes étaient déjà remplis. Le 3 mars 2020, un décret organisait la réquisition de l’ensemble des stocks et productions de masques sur le territoire national.

Les pharmacies de ville avaient déjà été dévalisées : « Nous avons observé un pic de commandes depuis le 21 janvier 2020, et plus particulièrement entre les 24 et 25 janvier, raconte au Figaro le grossiste-répartiteur OCP, qui fait l’interface entre fabricants de produits de santé et pharmacies. À l’échelle nationale, nous avons vendu sept fois plus de masques à nos clients par rapport à une période dite “normale”. » Très tôt, des vols ont été signalés jusqu’au sein des blocs opératoires. Et malgré toutes ces alertes, le gouvernement annonçait le 19 février avoir envoyé à Wuhan, alors épicentre chinois de l’épidémie, 17 tonnes de combinaisons, masques, gants et produits désinfectants. Ironie de l’histoire : c’est la Chine qui vient d’envoyer en France un million de masques.

« Dérisoire », s’offusquent les soignants

Sur toutes les lèvres, une question : pourquoi l’État n’utilise-t-il pas sa réserve stratégique, à la tête de 150 millions de masques chirurgicaux ainsi que l’annonçait Olivier Véran début mars 2020 à l’Assemblée nationale ? Un premier déstockage de 25 millions de masques chirurgicaux est alors réalisé, à destination notamment des médecins libéraux, infirmiers, sages-femmes, kinésithérapeutes et chirurgiens-dentistes. 50 masques chacun. « Dérisoire », s’étouffent les soignants… avant de constater que beaucoup avaient dépassé la date de péremption ! Encore les paramédicaux pouvaient-ils s’estimer heureux d’avoir bénéficié de la dotation : au départ, a-t-on rapporté au Figaro, il était prévu de n’alimenter que les seuls généralistes.

Une troisième vague de distribution aurait été prévue mi-mars, dans les départements particulièrement impactés par l’épidémie. « Mais ça a été annulé dans le week-end, sans que l’on reçoive vraiment d’explications… », souffle une source qui souhaite rester anonyme.

Le lundi, Emmanuel Macron surprenait pourtant tout le monde en annonçant une distribution censée avoir lieu… dès le lendemain ! Surprise : les masques ont été livrés par le transporteur Geodis, et non par les répartiteurs pharmaceutiques dont c’est pourtant le métier.

« J’ai vu passer des photos hallucinantes de cartons ouverts, de masques livrés directement dans des sacs plastiques, pas dans les bonnes quantités… Il n’y a aucune traçabilité, pas étonnant que des masques disparaissent ! », nous raconte un pharmacien, médusé.

Quant aux dotations, elles restent parcimonieuses : mercredi, médecins, infirmiers et pharmaciens apprenaient qu’ils auraient droit à 18 masques chacun par semaine ; dans les « zones particulièrement impactées », kinés et sages-femmes en auraient 6 et les professionnels de l’aide et du soin à domicile, 9. Des informations transmises tardivement aux pharmaciens chargés de les distribuer… « Au bout d’une demi-journée nous avons reçu un message urgent limitant la distribution à 18 par semaine. Mais certains de mes confrères avaient déjà tout distribué ! », indique Laurent Filoche, président de l’Union des groupements de pharmaciens d’officine (UDGPO). Une vague supplémentaire est prévue la semaine prochaine.

En attendant, on cherche d’autres solutions. « Nous recensons les stocks de masques périmés que nous étions en train de détruire, explique ainsi le répartiteur OCP. Nous avons plus de 20.000 FFP2, un peu moins de masques chirurgicaux. Nous aidons aussi des agences régionales de santé à récupérer des stocks dans des structures qui en ont, pour les amener à d’autres moins pourvues. » Des entreprises ont aussi annoncé qu’elles allaient mettre les masques qu’elles possèdent à disposition du gouvernement.

Face à la pénurie, la communication des autorités sur la bonne utilisation des masques danse sur un fil instable. « Il y a une équivalence stricte des masques chirurgicaux avec les masques FFP2 pour les virus transmis par gouttelettes », affirmait le 3 mars le directeur général de la santé. Les soignants de ville pouvaient donc s’en contenter. « Du bricolage ! », s’écriaient ces derniers. La semaine dernière, la Société française d’hygiène hospitalière a émis un avis enjoignant tout à la fois les soignants à « respecter les conditions d’utilisation » des masques… tout en autorisant leur « port prolongé ». La polémique n’est pas près de s’éteindre.

Publié par Soline Roy le 19 mars 2020 sur https://www.lefigaro.fr

Commentaire : La crise des masques, et la mondialisation.

Une réponse très honnête de Olivier Veran à l’assemblée nationale, nous montre les origines. Nous avions jusqu’en 2010 avec l’épidémie H1N1 un milliards de masques chirurgicaux en stock stratégiques et 600 millions de FFP2, seulement voila nous avons fait l’erreur de nous baser sur la mondialisation. Pour lui ça semble logique et malgré son honnêteté c’est bien la le problème.

«  Il a été décidé, en 2011 puis en 2013, que ce stock n’était plus indispensable, tant les capacités de production mondiale de masques étaient élevées, notamment en Asie  ».

Sauf que nous ne sommes plus du tout autonomes pour des point aussi vitaux, quelle inconscience.

« J’aimerai que tous les partisans de la mondialisation aillent expliquer aux famille des décédés du coronavirus. En clair si on n’a pas compris qu’il faut démondialiser, quel message attendons-nous de plus ? »

Soline Roy note en effet dans Le Figaro : « Voilà des semaines que les soignants lancent l’alerte : les masques de protection, si indispensables (tant pour se protéger que pour protéger leurs patients), manquent dramatiquement. Chez les libéraux d’abord, mais désormais aussi à l’hôpital ou pour les policiers, pompiers, aides à domicile, etc. ».

La journaliste souligne que les masques sont « essentiels à la lutte lors d’une pandémie respiratoire, d’autant que les deux autres armes de santé publique (antiviraux et vaccin) n’existent pas. En attendant, c’est le règne du système D : on économise, on réutilise, on tente des désinfections artisanales ou on fabrique des masques en tissu, en dépit des incertitudes sur l’efficacité de ces techniques. Et la pénurie devient le serpent de mer de l’épidémie de Covid-19  ».

Publié par Soline Roy le 19 mars 2020 sur https://www.lefigaro.fr


Pour en savoir plus :

- Covid-19 : BioValley France est en recherche active de cahiers des charges pour la confection de masques (chirurgicaux , FFP1 et FFP2) le 16 mars 2020
- Covid-19 : Mobilisation du Pôle textile d’Alsace pour produire des masques protecteurs le 17 mars 2020
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- Covid-19 : La filière textile vosgienne au secours de la pénurie de masques le 20 mars 2020
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