Covid-19 : éclairage du Pr Philippe Juvin, chef de service des urgences de l’hôpital Georges-Pompidou le 17 mars 2020 Ne sortez pas de chez vous. Limitez vos interactions sociales.

, dans le réseau de Christophe Juppin

Philippe Juvin, le chef de service des urgences de l’hôpital Georges-Pompidou répond mardi 17 mars 2020 aux 11 questions très simples du journaliste de Brut, Rémy Buisine, sur l’évolution de la pandémie de coronavirus en France et les mesures du confinement.

Rémy Buisine : 1.-La France est entrée en confinement total mardi 17 mars 2020 à 12h pour une période de deux semaines. Un tel confinement peut-il véritablement produire des effets ?

Professeur Philippe JUVIN
Oui, il produit des effets. On l’a vu en Chine. Ils ont une diminution réelle du nombre de cas alors qu’ils étaient en situation épidémique extrêmement inquiétante. Ils ont eu des effets au bout d’un mois et demi. Un mois et un mois et demi de confinement.

2.-Et en France, ça va durer combien de temps ?

Professeur Philippe JUVIN
En fait, personne ne sait. On tâtonne. Tout le monde tâtonne. Quand il y a des gens qui vous assurent que ça va durer trois semaines, un mois et demi, ce sont des hypothèses. On peut penser… 15 jours, ce sera évidemment insuffisant. Peut-être qu’un mois ou un mois et demi, c’est plus raisonnable.

3.-Le coronavirus peut rester combien de temps en nous ?

Professeur Philippe JUVIN
La durée d’incubation, c’est-à-dire le moment où vous rencontrez le virus, où il entre dans votre corps, et où vous allez commencer à être malade, c’est-à-dire présenter des signes, quand vous êtes malade, vous avez bien compris, ça varie de 2 à 12-13 jours. Ça, c’est la première partie de la maladie. Vous ne savez pas que vous êtes malade parce que le virus est dans votre organisme et commence à faire son petit travail de sape. Au bout de 2 à 12 jours, en moyenne 4,5 jours, vous êtes malade. C’est-à-dire que vous vous mettez à tousser, à cracher, parfois avec des difficultés respiratoires et puis parfois des choses plus graves, heureusement beaucoup plus rares, mais c’est vrai que ça arrive. Ça, ça va durer à peu près deux semaines. À peu près deux semaines. Et puis au bout de deux semaines, le virus aura probablement disparu, mais comme on ne fait plus de tests pour savoir s’il a disparu ou pas, je ne sais pas bien vous répondre. Donc il faut compter on va dire trois semaines au total, trois à quatre semaines au total puisque si vous avez une incubation de 12 jours et une maladie effective de 14, ça vous fait un mois.

4.-Le virus se déplace dans l’air ?

Professeur Philippe JUVIN
Dans l’air, il y a quelques arguments de gens qui pensent qu’il peut y avoir ce que l’on appelle une aérosolisation du virus. Il peut se balader. Donc de l’importance, chez vous d’aérer les pièces. Il faut aérer les pièces. Et c’est une des raisons qui fait que le risque de contamination est particulièrement grand quand vous êtes plusieurs dans une pièce fermée. C’est d’ailleurs là qu’on a vu les taux de contamination le plus importants. Quand vous vous concentrez sur les situations de zones closes, c’est-à-dire des pièces, des églises, des réunions de famille, on a des taux d’attaque qui sont jusqu’à 35 %. C’est-à-dire que vous déjeunez, vous dînez avec vos copains, vous êtes dans une salle fermée, eh bien une personne malade, même si elle ne le sait pas, peut contaminer 35 % de la pièce.

5.-Le virus peut rester combien de temps sur un objet ?

Professeur Philippe JUVIN
Le virus, il ne meurt pas tout de suite. Combien de temps ? Ça, c’est une querelle de virologues. Je ne rentrerai pas dedans. Il n’est pas impossible que le virus, pendant plusieurs heures, reste sur la table sur laquelle vous avez posé vos grosses mains sales de patient infecté. C’est pour ça qu’il faut se laver les mains sans arrêt.

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«  Le premier mode de transmission humaine, ce sont les mains, raison pour laquelle il faut tousser dans son coude, ne pas se faire la bise ou se serrer la main, et se laver les mains régulièrement et correctement, comme les chirurgiens, pendant au moins 30 secondes. »

6.-Il y a combien de cas aujourd’hui en France ?

Professeur Philippe JUVIN
Vous savez, tous les jours on dit, « il y a X cas de coronavirus. » En réalité, c’est un chiffre qui est purement indicatif, mais qui est faux. C’est la partie émergée de l’iceberg. Pour deux raisons. D’abord, on ne teste pas tout le monde. Et la deuxième raison, c’est que la moitié des patients sont asymptomatiques.

7.-C’est quoi le taux de mortalité du coronavirus  ?

Professeur Philippe JUVIN
Entre 1 et 3 %, mais ça ne veut pas dire grand-chose parce qu’un taux de mortalité, c’est un nombre de morts, qu’on identifie bien là, cette fois-ci, divisé par un nombre de cas. Mais je vous l’ai expliqué tout à l’heure, le vrai nombre de cas, on ne le connaît pas.

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Les maladies les plus contagieuses. « Il faut relativiser, assure le virologue. La pire maladie, c’est la rougeole, avec un cas pouvant contaminer 15 à 20 personnes, et 180 000 morts dans le monde en 2018 (3 en France au 10 mars 2020) ».

8.-Les jeunes sont eux aussi touchés par le virus ?

Professeur Philippe JUVIN
Il est vrai qu’il va y avoir des patients jeunes, de 20 ans, qui vont développer des formes graves de réanimation. C’est une certitude. Mais ça va rester la minorité quand même. Les études chinoises qui maintenant ont trois mois de recul, c’est quand même un sacré avantage parce qu’on apprend d’eux, montrent quand même qu’on est sur une population qui est plutôt âgée, majoritairement, très majoritairement, qui a des maladies associées, essentiellement l’hypertension artérielle, le diabète, également un peu les infections respiratoires chroniques, moins en fait que la grippe proportionnellement. Mais c’est vrai qu’ils ont des patients jeunes, mais ça ne va pas être la majorité. Simplement, il ne faut pas penser que les jeunes sont totalement à l’abri. C’est faux.

9.- Le beau temps va-t-il tuer le coronavirus ?

Professeur Philippe JUVIN
Il y a certains virus qui sont saisonniers. Vous voyez le virus de la grippe qu’on a tous les ans, c’est fin de l’automne, début de l’hiver. Et puis après, il disparaît. Il disparaît à la fois probablement pour des raisons météorologiques, mais aussi parce que les gens sortent et sont moins en contact l’un avec l’autre, et ne se rencontrent pas. Mais en fait, on ne sait pas répondre à la question parce qu’il y a des virus qui ont des saisonnalités inversées. Par exemple, le virus H1N1 qui est un virus dont on a beaucoup parlé il y a dix ans, lui, il est apparu au printemps. Donc on peut l’espérer. Rien n’est certain et en tout cas, ça ne serait pas très sérieux de ne tabler que là-dessus.

10.- Le vaccin, c’est pour bientôt ?

Professeur Philippe JUVIN
Écoutez, le vaccin, on l’aura d’ici un an on va dire. Il faudra le produire. En plus, tout le monde va en vouloir. Donc ça va prendre un peu de temps. Il faut le fabriquer, bien entendu parce qu’on ne sait jamais. Le virus peut revenir après une première phase.

11.-Du coup, on fait quoi ?

Professeur Philippe JUVIN
Ne sortez pas de chez vous. Limitez vos interactions sociales. Ne dormez pas dans la même chambre que quelqu’un qui est potentiellement malade. Prenez des nouvelles de vos parents et de vos grands-parents par téléphone. N’allez pas les voir pour les contaminer, mais ne les laissez pas seuls parce qu’il ne faudrait pas que cette affaire fasse que l’on retrouve des gens âgés qui sont morts tout seuls parce que personne ne s’en est occupé chez eux. Aidez-nous à ne pas désorganiser le système. C’est-à-dire que quand vous avez un petit problème de santé microscopique, eh bien pour une fois, vous n’allez pas venir aux urgences nous encombrer. Vous allez consulter votre médecin, votre pharmacien, demander conseil à votre infirmière, mais essayez d’épargner les hôpitaux et les services d’urgence. N’écoutez pas les fausses nouvelles. Ne les véhiculez pas. Les fameux faux traitements qui circulent… Enfin, on lit de tout. Ça ne sert à rien. Essayez de tenir parce que si la vague arrive, le vrai sujet, ce n’est pas le nombre de patients. En fait, on est un pays… On a de la ressource. C’est le nombre de patients en même temps. Vous comprenez que si par exemple, nous sommes à l’hôpital Pompidou, là, ce matin, pendant l’heure qui vient, j’ai 100 personnes qui arrivent, on va être submergés. En revanche, si ces 100 personnes arrivent réparties sur deux mois, et bien moi, je saurai les prendre en charge sereinement et parfaitement bien. Donc tout le sujet est là. Il faut étaler la vague.


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Brut FR @brutofficiel · 17 mars 2020
11 questions très simples sur le coronavirus.
Les réponses du Pr. @PhilippeJuvin
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Publié le mardi 17 mars 2020 par Rémy Buisine dans https://www.facebook.com/brutofficiel/


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Philippe Juvin @philippejuvin · 26 mars 2020
Ça y est : nous avons aux urgences de @HopitalPompidou des vrais masques de protection (très chics), faits maison !
Imprimés en 3D grâce au @parcc_inserm, au Pr Tavitian, à @PLTharaux, à JP Attal (URB2i), au Dr Anne-Laure Gaultier et à Patrice Noirez.
Bravo. Merci à eux +++ !
Pierre-Louis THARAUX @PLTharaux 26 mars 2020
Fiers d’avoir contribué ! La collaboration Inserm-soignants par de multiples chemins ! Bravo à Bertrand Tavitian, Jean-Pierre Attal et collaborateurs ! @parcc_inserm @APHP
#fablab #protegetonsoignant #Initiative

Pour en savoir plus :

- 5 choses à savoir sur le covid-19 avec l’expert des virus à Reims le 10 mars 2020
- Coronavirus COVID-19 : dispositifs d’appui aux entreprises
- Face au COVID-19 BioValley France est en recherche active de cahiers des charges pour la confection de masques (chirurgicaux , FFP1 et FFP2) le 16 mars 2020
- La France en pénurie de masques : aux origines des décisions d’État
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