Covid-19 : Thuasne a la fibre novatrice Avec un catalogue de 8.000 dispositifs médicaux (ceintures lombaires, colliers cervicaux, bas, collants, chaussettes et bandes de compression), Thuasne est le leader européen du textile médical.

, dans le réseau de Virginie Delplanque, Hugo Veysseyre

L’entreprise spécialisée dans la fabrication de dispositifs médicaux Thuasne, a annoncé qu’elle allait consacrer une partie de son industrie pour fabriquer des masques barrières réutilisables une trentaine de fois. L’entreprise avait d’abord lancé une production pour ses salariés et collaborateurs. Et après publication le vendredi 27 mars 2020 du guide d’exigences pour les masques barrières par l’Association française de normalisation, Thuasne lance dès lundi 30 mars 2020 la production pour le plus grand nombre relate le site de France Bleu Loire.


S’il y a bien un secteur qui symbolise le déclin de l’industrie française, c’est le textile-habillement. La filière employait plus d’un million de salariés en France au début des années 1980. Elle ne comptait plus, à la fin 2012, que 65 000 salariés.

Très consommatrices de main-d’œuvre, les usines du secteur ont été parmi les premières à délocaliser vers l’Asie, la Turquie ou le Maghreb. Mais quelques sociétés françaises ont su tirer leur épingle du jeu et se développer, tout en gardant une bonne part de leur production en France. Thuasne en fait partie.

Leader européen du textile médical (ceintures lombaires, colliers cervicaux, bas de contention…), Thuasne est depuis 1847 l’un des champions cachés de l’économie française. Avec un chiffre d’affaires de 182 millions d’euros en 2014, l’entreprise familiale s’est imposée à l’international grâce à sa capacité constante d’innovation. Le groupe Thuasne, spécialisé dans la fabrication d’orthèses à Saint-Étienne, a commencé à commercialiser des masques barrières lavables une trentaine de fois.

Si le nom de Thuasne reste encore peu connu du grand public français, la renommée de son savoir-faire dans le domaine du textile médical a, depuis longtemps, dépassé nos frontières. Créée en 1847, la société familiale francilienne emploie aujourd’hui 1.800 personnes dont près de 600 en France et possède quatre usines à Saint-Etienne (Loire) et une à Heyrieux (Isère).

Avec un catalogue de 8.000 dispositifs médicaux (ceintures lombaires, colliers cervicaux, bas, collants, chaussettes et bandes de compression), Thuasne a su développer des réponses spécifiques adaptées à des pathologies diverses très répandues. "Cette médecine très physique que nous offrons est une médecine qui correspond bien aux besoins des personnes accidentées, qui ont un problème circulatoire ou un autre souci de cet ordre-là", explique à FranceSoir Elizabeth Ducottet, présidente et représentante de la cinquième génération aux commandes du groupe Thuasne.

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Le LombaSkin, ceinture de soutien lombaire, est un des best-sellers de la marque Thuasne.
©DR

Des modèles au goût du jour

Bas de contention, ceintures lombaires et chevillères médicales restent les modèles phares du groupe. Vendus en pharmacie et en orthopédie, les produits, pris en charge intégralement par l’assurance maladie en France, sont des solutions thérapeutiques et traitent toute une palette de maladies. Notamment les troubles musculo-squelettiques, les lombalgies, les maladies veineuses et la perte d’autonomie due au vieillissement et à la maladie.

En route depuis plus de 160 ans, l’entreprise joue aujourd’hui la carte du design, qui selon Elizabeth Ducottet demeure essentiel : "c’est très important. Il faut que le produit soit beau, agréable à porter et confortable. C’est pour cela que l’on a intégré dans nos rangs une design manager, Marie Gérard, qui s’occupe exclusivement du design de nos modèles". Un esthétisme bien loin de l’époque des corsets ultra-serrés et des bas de contention de mauvais goût.

Spécialiste du maintien et de la contention, Thuasne met également, depuis 2003, son savoir-faire et son expérience au service des sportifs à travers la gamme Thuasne Sport. Mises au point avec des scientifiques, les performances des sous-vêtements de maintien sont mesurées en laboratoire et bénéficient des dernières innovations textiles.

International : 40% du chiffre d’affaires

Si Thuasne reste très attachée à son berceau historique (Saint-Etienne), son avenir se joue aujourd’hui avant tout sur la scène internationale. Sur 182 millions d’euros de chiffre d’affaires réalisé en 2014, 40% proviennent de l’étranger. Et ce grâce au développement d’un réseau de 40 distributeurs exclusifs dans le monde et aux 14 filiales européennes du groupe (Grande-Bretagne, Belgique, Espagne, Hongrie, Italie, Lettonie, Pays-Bas, Pologne, République Tchèque, Roumanie, Slovaquie, Suède et deux en Allemagne).

Plus récemment, le groupe s’est imposé sur le marché américain en rachetant en 2010 la société californienne Townsend Design.

Mais le développement à l’international reste une étape difficile à franchir, explique Elizabeth Ducottet. "C’est un exercice qui est compliqué et long et qui suppose énormément d’innovations et de marketing pour pouvoir s’adapter aux pays dans lesquels on s’implante. Cela implique de créer quasiment une gamme nouvelle de produits par pays, parce que tous n’ont pas la même réglementation, les mêmes exigences et n’ont pas les mêmes caractéristiques de produits. La santé est encore un marché très fragmenté en Europe".

Trois brevets chaque année

Pour faire face à la concurrence, Thuasne consacre plus de 3,5% de son chiffre d’affaires à la recherche et au développement, et dépose en moyenne trois brevets chaque année. Une dizaine d’ingénieurs coopèrent étroitement avec le service marketing qui, lui, est à l’écoute des besoins des patients, médecins, pharmaciens et équipes médicales.

"Nous sommes dans des produits totalement premium, c’est à dire de très haute qualité, brevetés avec une grande valeur ajoutée. La recherche-développement prend beaucoup de temps, d’énergie et de moyens, mais elle permet d’avoir des produits sur lesquels on a une vraie certitude", se félicite Elizabeth Ducottet.

Un engagement payant puisque la présidente de Thuasne s’est vue confier par les pouvoirs publics et les industriels la présidence du Réseau de l’innovation immatérielle pour l’industrie (un groupe de recherches destiné aux professionnels du textile, de la mode et des industries créatives). Elle est également vice-présidente de l’Asmep/ETI (l’association des entreprises de taille intermédiaire).

Cette chef d’entreprise de 67 ans poursuit l’œuvre de la famille, et notamment de son père auquel elle a succédé en 1991 à la tête du groupe, en privilégiant les trois clés de la réussite de Thuasne : innovation, développement et recherche. Prochain objectif : se développer plus concrètement aux Etats-Unis, "le marché de la santé numéro 1 au monde".

Auteur(s) : AZ

Publié par AZ le 20 février 2015 sur http://www.francesoir.fr

Elizabeth Ducottet : "Thuasne a déjà connu deux guerres mondiales, alors..."

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Elizabeth Ducottet, la PDG de Thuasne mobilise son entreprise pour produire des masques (photo : Martin Colombet)

"Dans notre entreprise familiale, née en 1847, c’est la première fois que nous traversons une crise sanitaire. Mais enfin, nous avons connu deux guerres mondiales, lors desquelles nous avions déjà dû réaffecter l’outil industriel. En 14-18, pour fabriquer des bandes à pansement. En 39-45, pour produire des draps de laine." Elizabeth Ducottet n’est pas du genre à se laisser impressionner. La représentante de la sixième génération se souvient encore des récits de son grand-père... Alors, à 73 ans, l’héritière de ce groupe industriel, leader européen des dispositifs médicaux textile, n’a pas hésité une seconde quand l’Etat s’est montré incapable de fournir en masques de protection les secteurs prioritaires qui continuent à faire tourner le pays.

"Nous en avions commandé en janvier des dizaines de milliers, pour nos collaborateurs, quand la crise a commencé à prendre de l’ampleur, se remémore-elle. Mais ils ont été attribués au personnel médical et aux malades. Alors, nous qui sommes dans le textile de la santé, nous avons commencé à réfléchir pour en produire nous-mêmes." A peine le guide d’exigences pour les masques barrières publié par l’Afnor (Agence française de normalisation), vendredi 27 mars 2020, les équipes R&D de Thuasne étaient sur le pont pour adapter les chaînes de fabrication. "Nos ingénieurs ont travaillé tout le week-end qui a suivi, raconte l’énergique dirigeante. Et nous avons aménagé l’atelier de la Jomayère pour accueillir dans de bonnes conditions une centaine d’ouvriers." C’est d’ailleurs sur ce site, à Saint-Etienne, que l’entreprise doit investir cette année 1 million d’euros, sur une enveloppe d’investissement annuelle de 8 millions, pour produire son Kit Biflex, de bandes de compression pour les ulcères veineux.

Publié par Kira Mitrofanoff le 06 avril 2020 dans https://www.challenges.fr


Publié par Alain GUILLEMOLES , le 02 décembre 2013 dans https://ecomnews.fr/

Publié le 30 mars 2020 dans https://lexpansion.lexpress.fr/


Pour en savoir plus :

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- Il faut tirer les conséquences de la dépendance de l’approvisionnement chinois en mars 2020
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