Covid-19 : Roselyne Bachelot : "Je découvre qu’on a en France 10 millions d’épidémiologistes !" Nous avions un stock près d’un milliard de masques chirurgicaux et de 700 millions de masques FFP2.

, dans le réseau de Christophe Juppin

Alors en charge de la Santé, Roselyne Bachelot avait, en 2009, dépensé près d’un milliard d’euros face à la menace de la grippe A (H1N1). Qui s’était finalement révélée moins grave qu’anticipé... Trop d’argent dépensé, trop de vaccins achetés, trop de masques stockés : entretien avec l’ex-ministre de la Santé qui, en 2009, avait été jugée trop prévoyante.


Trop d’argent dépensé, trop de vaccins achetés, trop de masques stockés : Roselyne Bachelot, en 2009, alors ministre de la Santé et désormais retirée de la vie politique, avait été jugé trop prévoyante face à une menace d’épidémie de grippe A(H1N1), qui s’était finalement révélée moins grave qu’annoncé. Elle avait subi de très violentes critiques.

Dans un entretien aux quotidiens du groupe Ebra, l’ex-ministre porte sur la crise actuelle un regard prudent... sans manquer d’égratigner les critiques et donneurs de leçons actuels.

Que vous inspire la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement ?

"Je ne hurlerai pas avec les loups, je n’instrumentaliserai pas cette affaire, et je regrette que cette instrumentalisation soit à l’œuvre. C’est de toute façon après qu’on pourra juger si telle ou telle mesure a été prise au bon moment. Vraiment... ceux qui se vautrent dans l’écharpe de la lucidité a posteriori ne méritent pas qu’on s’en préoccupe."

JPEG - 38.7 ko
En 2009, Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé s’était fait vacciner devant les caméras. Avant de se voir reprocher d’avoir trop dépensé pour une épidémie avortée. (Photo archives Bertrand GUAY/AFP)

Beaucoup l’ont fait, y compris dans votre ancienne famille politique [Les Républicains, ndlr]...

"Oui. Des gens se plaignent qu’il n’y aurait pas eu assez de réactivité. Mais en a-t-on entendu, à l’Assemblée, lors de l’examen du projet de loi du financement de la Sécurité sociale, demander : "Où en êtes-vous de votre politique de masques ?" Et les élus locaux, à la tête des conseils de surveillance des hôpitaux, ont-ils donné l’alerte ? Lors des mouvements de protestation des personnels hospitaliers, par ailleurs totalement justifiés, je n’ai pas non plus vu de pancartes réclamant des respirateurs, des masques... Je trouve qu’on a souvent des responsabilités collectives, et qu’il faut d’abord se pencher sur les siennes. Aujourd’hui, chacun met les mains dans le cambouis. Mais ça me gêne beaucoup cette façon de donner des leçons alors que chacun était en situation d’agir ! Madame Le Pen, par exemple, je ne l’ai pas vue lors de la présidentielle sur ces questions..."

Avez-vous été contactée, comme professionnelle de santé ou ex-ministre, pour gérer cette crise ?

"Non, et ils n’ont pas à le faire. Ils estiment peut-être, à juste titre, que ma capacité d’expertise est un peu datée ! Je ne suis pas demandeuse, et on ne m’a rien demandé."

JPEG - 43.6 ko
Roselyne Bachelot, en 2010, face à la commission d’enquête du Sénat sur sa gestion de la crise. (Photo archives Miguel MEDINA/AFP)

Toute cette ambiance vous rappelle la grippe A (H1N1) de 2009 et ses polémiques ?

"Oui, évidemment, même si la crise actuelle est bien plus grave. J’essaie surtout de regarder avec distance ces mouvements d’opinion. En 2009, par rapport à 2020, les réseaux sociaux et l’instantanéité de l’information n’avaient absolument pas la même intensité. Il y a aujourd’hui une sorte de glouglou permanent, si j’ose dire. La marmite de l’opinion glougloute en continu ! Avec une versatilité frappante : on en fait trop, puis pas assez, on déconfine trop tôt, puis trop tard... C’est caractéristique d’un dossier qui est aussi très fluide, indiscernable, mouvant, où l’on reproche aux responsables politiques et aux autres de ne pas avoir un avis tranché, de ne pas être devin. Alors que c’est très compliqué."

Justement, que vous inspirent les polémiques autour de Didier Raoult ?

"J’ai découvert que le pays, après avoir eu 10 millions de sélectionneurs de l’équipe de France, a maintenant 10 millions d’épidémiologistes ! Au journal de 13 heures, on a interrogé une petite fille de 10 ans, qui dit "Je pense qu’il y aura une deuxième vague !". Je ne savais pas que la formation d’épidémiologiste commençait si tôt... Moi je suis une scientifique classique. Dans notre histoire médicale récente, on a eu beaucoup de scandales liés au médicament : Mediator, Depakine, Levothyrox, Distilbène... À chaque fois, on a vu qu’on n’avait pas pris assez de précautions. Avec l’hydroxychloroquine, une digue de précaution semble avoir cédé. Il y a aussi l’intervention d’un certain nombre de croyances : pas des opinions documentées, mais bien des croyances. À terme c’est extrêmement dangereux. Un professeur de la Pitié Salpêtrière me confiait que des avocats le sommaient de prescrire à leurs clients de l’hydroxychloroquine, sous peine de plaintes contre lui... Tout cela devient extrêmement compliqué si chacun s’estime expert et s’exprime sur tout."

JPEG - 47.2 ko
Didier Raoult "est le meilleur ennemi de lui-même", selon Roselyne Bachelot, qui juge que son protocole a besoin de la confrontation scientifique. (Photo archives AFP)

Comprenez-vous que Didier Raoult n’ait pas simplement réalisé un véritable essai thérapeutique ?

"Il est le meilleur ennemi de lui-même ! Il n’était pas très compliqué de satisfaire au guide des bonnes pratiques classiques, ni aux échanges de la communauté scientifique. Là, on a l’impression de quelqu’un qui s’est enfermé dans une grotte personnelle, et c’est dommage parce que son protocole a besoin de cette confrontation. Surtout s’il est efficace, ce qui n’est pas encore prouvé, on perd un temps précieux. Il y a aussi le public, qui voudrait qu’on ait tous un avis bétonné sur la chloroquine. Mais le temps de la science n’est pas celui-là, même si dans ces circonstances, on peut vouloir que ça aille plus vite."

Vous avez dit "le mieux, parfois, est de dire qu’on ne sait pas, et quand on ne sait pas, de prendre les précautions maximum"…

"C’est exactement ça. On a bien vu qu’il y avait aussi d’autres molécules qui suscitaient des prises de parole, le remdesivir par exemple ou le sang du ver marin, et d’autres, encore. Avec chacune leurs militants. Tous les trois jours, on voit surgir un espoir fantasmagorique et après on voit que, finalement, c’est plus compliqué que ce qu’on croyait."

JPEG - 28.2 ko
Davantage de télétravail, de télémédecine, de local : Roselyne Bachelot imagine le monde d’après, mais estime que les Français vont prendre un coup de bambou terrible sur leur pouvoir d’achat. (Photo archives Franck FIFE/AFP)

Avec cette crise, on parle beaucoup du "monde d’après"… vous l’imaginez différent, meilleur ?

"Je n’ai pas ma boule de cristal à portée de main... mais des dossiers auront progressé, bien sûr : le télétravail, souvent vilipendé, la télémédecine, souvent mal perçue, mais nécessaire. Le contrôle continu des connaissances à l’école, l’enseignement à distance... Surtout, on aura peut-être aussi une autre façon de se nourrir ! En consommant et produisant plus localement. Découlant de tout cela, j’imagine aussi un nouveau mode d’habitat : plus souvent en télétravail, il y aura la nécessité de logements plus grands, mais plus éloignés des villes, avec une réanimation des commerces de proximité dans des zones moins urbanisées. Tout le paysage pourrait changer !"

Et notre modèle économique ?

"Je suis plus réservée sur l’idée qu’on va complètement changer de modèle économique. Nos concitoyens vont prendre un coup de bambou terrible sur leur pouvoir d’achat, le fameux argent magique, on l’a dépensé à l’avance... Et ce n’est pas l’imposition des riches qui va tout régler ! L’ISF, pourquoi pas... mais c’est 3 milliards d’euros, maximum. Là on a dépensé plus de 110 milliards, cherchez l’erreur ! On va nous présenter la facture de façons diverses, et les relocalisations c’est aussi accepter de payer plus cher les produits. Le voudra-t-on et, surtout, le pourra-t-on ? Je ne suis pas sûre.

Publié par Joël CARASSIO le lundi 04 mai 2020 sur https://c.estrepublicain.fr

JPEG - 50.5 ko
Roselyne Bachelot @R_Bachelot · 21 mars 2020
Je reçois beaucoup de messages de sympathie, de reconnaissance ... et même des excuses ! Soyez-en remerciés et pardon de ne pouvoir répondre à tous. Fille de résistants, je n’ai eu qu’un seul but dans mes fonctions publiques : servir les français.L’heure n’est pas à la rancoeur.

JPEG - 92.3 ko
Laurence Parisot @LaurenceParisot· 21 mars 2020
Hommage à Roselyne Bachelot ⁦@R_Bachelot ⁩ pour son intelligence d’alors et sa sagesse d’aujourd’hui.
https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/coronavirus-la-revanche-de-roselyne-bachelot-tournee-en-derision-l-epoque-6787174

JPEG - 98.6 ko
Jean Louis @JL7508· 20 mars 2020
"2 milliards de masques !!!"
Se souvient-on de cette interview où Elise Lucet, grassement payée par le contribuable, reprochait à Roselyne Bachelot d’avoir pris trop de précautions pour protéger les Français de la grippe H1N1 en 2009 ?
Roselyne Bachelot avait raison.

JPEG - 80.1 ko
Belharraa @Belharraa · 21 mars 2020
12 janvier 2010 - Michel Issindou, député PS « Il y a 180 morts par jour du tabac. Il y a 300 000 dans ce pays tous les ans, il y en a donc 10 000 par jour. On n’est peut être pas obligé de s’alerter, de s’affoler en permanence. La vie c’est aussi fait de ce risque là. Quand on est né, on doit vraissemblablement mourrir à tous les coups ! (...) On a tous des provisions considérable de masques, on n’est pas capable de me dire quand il faut les mettre, c’est un gaspillage de deniers public ! Qu’est-ce qu’on peut faire d’utile de ces masques ? » , Roselyne Bachelot entendue en commission après la grippe H1N1 : « Les masques sont une précaution en cas de pandémie. Ce n’est pas au moment où la pandémie surviendra qu’il faudra constituer les stocks. » Ouch. #COVID19

JPEG - 109.6 ko
Hélène Kaplan @HK__49_3 · 22 mars 2020
Roselyne Bachelot, déconfinée du purgatoire des rangées arrières. Son expérience est précieuse, ses intuitions exactes. Quel que soit le pouvoir des administrations centrales, c’est au ministre qu’incombe l’entière responsabilité de ses actes, de ses paresses, de ses lâchetés.

JPEG - 75.7 ko
C à vous @cavousf5 · 23 mars 2020
Quand la Commission d’enquête parlementaire reprochait à Roselyne Bachelot @R_Bachelot d’en avoir trop fait lors de la grippe H1N1.
Elle réagit dans #CàVous
JPEG - 90.3 ko
BFMTV @BFMTV · 8 mai 2020
Fabrice Lhomme : "Des masques en bon état ont été détruits jusqu’à la fin du mois de mars 2020"
JPEG - 104.6 ko
Laurent SEGNIS #RESTEZPRUDENTS @LaurentSegnis · 21 mai 2020
#Masques Quand Olivier Véran rend hommage à Roselyne Bachelot.
"Oui nous constituerons des stocks d’État (..) la première ministre de la santé à l’avoir fait a été abondamment moquée, et même dans cet hémicycle, je lui rends hommage..."
https://twitter.com/i/status/1263397396635099139

Pour en savoir plus :

- 5 choses à savoir sur le covid-19 avec l’expert des virus à Reims le 10 mars 2020
- Covid-19 : Bill Gates et la CIA avaient prévu la pandémie, et nous ne sommes pas prêts
- Covid-19 : Première chronologie de l’émergence du Covid-19 le 25 mars 2020
- Covid-19 : « J’ai été moquée, mais la solution, c’est la réponse maximale », confie Roselyne Bachelot le 20 mars 2020
- Covid-19 : Opération "Masques" dans le Grand Est le 21 mars 2020.
- Covid-19 : La France en pénurie de masques : aux origines des décisions d’État
- Covid-19 : Roselyne Bachelot, critiquée pour l’achat de masques en 2010, n’est pas dans "la rancoeur" le 22 mars 2020
- Covid-19 : Roselyne Bachelot : "Je découvre qu’on a en France 10 millions d’épidémiologistes !" le 04 mai 2020
- Covid-19 : comment la France a continué à détruire son stock de masques après le début de l’épidémie le 07 mai 2020