Covid-19 : Partenaire de BioNTech pour le vaccin anti-Covid Pfizer, RD-Biotech investit 7 millions d’euros dans une usine d’ADN à Besançon

, dans le réseau de Céline THOMAS

Le plan de relance du gouvernement déclenche le projet d’usine à plasmides que RD-Biotech avait dans ses cartons depuis deux ans. La société bisontine qui a participé au développement de l’ARN messager du vaccin Pfizer-BioNTech, parie sur cette technologie basée sur l’ADN, sa spécialité, pour les vaccins et traitements thérapeutiques. L’investissement de 7 millions d’€ devrait générer 50 emplois dans les trois ans suivant son démarrage au second semestre 2022.


Son nom figure sur la liste publiée fin janvier de la trentaine de partenaires de BioNTech, le co-concepteur avec Pfizer de l’un des deux vaccins à ARN messager mis sur le marché en ce début d’année pour lutter contre la Covid-19. RD-Biotech à Besançon fait le pari de cette « technologie de rupture » que la pandémie a mis sur le devant de la scène.

Seule en France à produire des anticorps à base de molécules d’ADN synthétiques (encore appelées plasmides), la société de biotechnologie travaille en sous-traitance pour sa société soeur Diaclone (Lire encadré) et pour des sociétés de biotechnologie et industriels de la pharmacie en phase de recherche et développement, parmi eux BioNTech depuis une dizaine d’années.

La collaboration avec la biotech allemande a été réactivée dès mars 2020, en raison de son expertise sur l’ADN, lorsque le vaccin s’est imposé comme la solution pour endiguer le virus de la Covid-19. Sa prestation s’est située à la phase 1 des études cliniques du vaccin, première étape de test de l’efficacité d’une molécule sur un petit nombre de patients et qui vise aussi à définir la dose et la fréquence de l’administration du futur médicament.

Technologie datant d’une vingtaine d’années, l’ARN messager (abréviation de acide ribonucléique messager) est fabriqué in vitro à partir de l’ADN : les informations génétiques du virus qu’il contient déclenche dans le corps humain une réponse immunitaire en amont de l’infection. A l’inverse du vaccin classique, comme celui contre la grippe, qui consiste à injecter un virus inactivé dans le corps pour qu’il apprenne à s’en défendre.

« L’avantage de cette approche, c’est que les ARN sont bien plus simples et plus rapides à produire que les composants des vaccins classiques et il n’y a pas de risque puisqu’on ne cultive plus le virus », explique Philippe Dulieu, président de RD-Biotech. « C’est pour cette raison que Pfizer et BioNTech ont pu le mettre au point si rapidement mais le défaut de ces molécules est leur fragilité ; d’où leur conservation à température négative et l’indifférence des laboratoires pharmaceutiques jusqu’à la situation d’urgence provoquée par la Covid-19  », poursuit-il.

Des plasmides pour les phases de développement ou de commercialisation de médicaments

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Contrôle qualité de la production de plasmides chez RD-Biotech. © Laurent Cheviet

Devant le regain d’intérêt de l’industrie pharmaceutique pour l’ARN messager, RD-Biotech va franchir une étape supplémentaire dans les deux années à venir. La recherche avance pour d’autres thérapies, voire des vaccins contre certains cancers. « Il y a une forte tension mondiale sur l’ADN  », témoigne Philippe Dulieu.
La biotech bisontine produit déjà de 2.000 plasmides chaque année dans ses locaux proches de la gare Viotte, pour des applications en recherche ou des études précliniques. Au second semestre 2022, elle disposera de capacités supplémentaires dans une usine de 1.200 m2 dont la première pierre devrait être posée à la rentrée 2021.

L’unité de production est dimensionnée pour fabriquer des plasmides dans les phases de développement ou de commercialisation de médicaments, mais pas pour la phase d’industrialisation, précise Philippe Dulieu. « Pour chaque prototype, on produit quelques grammes de plasmides, sachant qu’avec 50 litres, on fait des millions de doses.  » Le site devra obtenir la qualité BPF (Bonnes Pratiques de Fabrication) définies par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), une certification incontournable pour que l’ADN soit acceptée comme matière première des traitements thérapeuthiques.

La Covid-19 et la notoriété apportée par la participation de RD-Biotech à l’élaboration du vaccin, a été le déclencheur de ce projet que Philippe Dulieu dit avoir dans ses cartons depuis deux ans. Puis, le Plan de relance a mis tous les feux au vert. L’Etat subventionnera 30% de l’investissement de 7 millions d’€, immobilier et équipements.

Le bâtiment sera construit sur Temis Santé, à côté de l’immeuble en cours de finition de 1.000 m2 où les équipes de RD-Biotech déménageront en mai prochain. Pousser les murs devenait nécessaire avec l’accroissement de l’effectif, aujourd’hui à 30 personnes. Une quinzaine d’embauches de techniciens et ingénieurs en pharmacie et qualiticiens sont programmées dès maintenant dans la perspective de la future usine qui vise d’ici à trois ans un effectif de 50 salariés.

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Préparation de kits d’anticorps avant commercialisation. © Laurent Cheviet

Biotech Investissement, un petit groupe spécialisé dans les anticorps

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Philippe Dulieu, président de Diaclone et RD-Biotech. © Laurent Cheviet

Enseignant-chercheur du laboratoire de biochimie de l’Université de Franche-Comté, Philippe Dulieu créée RD-Biotech en 2002 avec deux de ses anciens élèves, Jean-François Musard et Jean-Luc Schlick. Les associés la positionne comme société de service, en sous-traitance notamment de Diaclone, une « spin off » sortie en 1986 de l’Etablissement Français du Sang à Besançon, au départ pour éviter les rejets des greffes de moelle osseuse. Filiale du groupe américain Hologic GenProbe, Diaclone redevient 100% franc-comtoise en 2012 lorsque Philippe Dulieu créée le holding Biotech Investissement pour les réunir.

Les deux sociétés sont indissociables. Diaclone, toujours installée à côté de l’Etablissement Français du Sang, près du CHU de Besançon, développe des anticorps vendus à l’industrie pharmaceutique pour l’élaboration de traitements, utilisés lors de greffes, de maladies du sang et autres cancers rares.
RD-Biotech, comme sous-traitant de Diaclone mais aussi d’autres biotechs, les produit à grande échelle, toutes proportions gardées, puisque cette matière première reste en phase de R&D.

Actionnaire majoritaire, le holding Biotech Investissement abrite trois autres biotechs. SynAbs, fabricant d’anticorps à Louvain, en Belgique, devient filiale de Biotech Investissement en 2015. Puis ce dernier entre au capital, comme actionnaire minoritaire, d’abord de QVQ holding, société localisée à Utrecht (Pays Bas) spécialisée dans la fabrication d’anticorps dérivés d’anticorps du lama (des anticorps minuscules qu’on appelle nanocorps) en 2018, puis l’année suivante d’un tout jeune laboratoire en microbiologie et génétique bactérienne, Smaltis à Besançon (chiffre d’affaires 2019 de 474.000 €).

Le petit groupe pèse 80 salariés et un chiffre d’affaires de 13,5 millions d’€. A elles deux, RD-Biotech et Diaclone ont enregistré une croissance de 55 % en 2020 à 10 millions d’€.


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RD-Biotech avait aussi fourni les molécules pour un test de dépistage rapide de la société belge CorisBioConcept.

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Les nouveaux locaux de RD-Tech en construction sur Temis Santé, à Besançon, à côté desquels sera construite l’usine à plasmides. © Laurent Cheviet

Publié par Christiane Perruchot le 18 février 2021 sur https://www.tracesecritesnews.fr


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