Covid-19 : Médicaments, industrie : et si on relocalisait en France ? Agriculture, médicaments, métallurgie, confection : la France a abandonné des productions primordiales.

, dans le réseau de Christophe Juppin

L’épidémie a révélé la dépendance de la France en matière de médicaments et d’équipement médical. La souveraineté économique en matière de santé publique redevient un enjeu vital, et le « made in France » est au cœur des débats sur la relance et sortie de crise.


On se croyait en sécurité. Fort d’une industrie pharmaceutique puissante, compétitive, exportatrice, avec un leadership sur les vaccins, une montée en puissance sur la production de médicaments de thérapie innovante, près de 100 000 emplois directs, soit 3 % de l’emploi industriel français.

Le secteur du médicament en France paraissait se porter bien, particulièrement dynamique avec un tissu de grands groupes pharmaceutiques internationaux, petites entreprises performantes, sociétés de biotechnologies spécialisées et start-ups innovantes dans les usages et solutions numériques.

La reconquête en marche

L’épidémie de Covid-19 est venue briser le tableau, avec la mise au jour de pénuries de médicaments, de masques, de gel hydroalcoolique, de matériel médical fabriqués hors de France. La dépendance à l’égard de principes actifs produits en Chine et en Inde est devenue un problème majeur de santé publique, « Il faudra que nous soyons plus autonomes en matière de médicaments, que nous relocalisions une partie de la production  », a concédé le ministre de la Santé Olivier Véran.

Le coronavirus n’est pourtant pas la première alerte. En France, 538 médicaments d’« intérêt thérapeutique majeur » avaient connu une pénurie en 2017, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament. Il y a plusieurs années déjà que l’Académie nationale de Pharmacie s’inquiète de la non-disponibilité de médicaments essentiels, alerte sur les risques de notre dépendance pharmaceutique, et martèle qu’il est urgent de relocaliser. Son message, avec la tragédie du coronavirus, passe enfin. Emmanuel Macron parle désormais de relocalisation et de nouvelle souveraineté économique pour la France d’après. Le gouvernement lui emboîte le pas. « La reconquête industrielle est en marche et nous allons la réussir  », s’emballe le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire.

Les relocalitions ont commencé

Patrons comme politiques : la relocalisation met tout le monde d’accord. Les syndicats aussi. Dans une lettre au président de la République, le 7 avril 2020, Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, plaide pour la « relocalisation des activités, dans l’industrie, dans l’agriculture et les services, permettant d’instaurer une meilleure autonomie face aux marchés internationaux et de reprendre le contrôle sur les modes de production  ». La CGT, avec ATTAC, Greenpeace ou encore la confédération paysanne a lancé une pétition pour le «  Jour d’après  ». La Caisse des dépôts, bras financier de l’État, s’est dite prête à contribuer au financement de relocalisations d’entreprises et à réfléchir en termes « d’indépendance nationale  » à une nouvelle organisation industrielle et publique.

Les filières industrielles françaises sont au rendez-vous dans cette crise

Alors que les Français consomment des fruits et légumes français depuis le début de la crise (lire ici) , des productions amorcent leur relocalisation. Pour Vincent Moulin Wright, directeur général de France industrie, les filières industrielles françaises sont au rendez-vous dans cette crise, pour garantir la continuité des services vitaux et de l’approvisionnement en biens essentiels aux Français. Les industries mécaniques pour produire des filtres ou des roulements pour les respirateurs, des stations de découpe rotative pour les masques, des pousse seringues… Les industries du papier et du carton pour fabriquer des masques chirurgicaux, le textile pour des surblouses et également des masques.

L’industrie s’adapte à l’effort de guerre et relocalise. Sanofi a annoncé un plan de montée en puissance de sa production d’ingrédients pharmaceutiques et entend devenir le second acteur mondial du secteur d’ici à 2022.

La relocalisation est déjà une réalité. Et après la crise ? « La relocalisation continuera dans l’agroalimentaire avec le développement des circuits courts qui sont déjà une réalité », analyse El Mouhoub Mouhoud, professeur d’Économie, vice-Président de l’Université Paris Dauphine.

Quel made in France faut-il relancer ? Dans une interview à l’Obs, Julien Aubert, député LR du Vaucluse, évoque parmi les « secteurs stratégiques qu’il faut rebâtir et protéger » l’énergie (nucléaire, civile et militaire), l’industrie, avec « le financement préférentiel de secteurs stratégiques – pharmacie, armement, agroalimentaire  », et l’agriculture.

Publié par Nathalie CHIFFLET le 13 avril 2020 sur https://c.estrepublicain.fr/


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Eric Ciotti @ECiotti · 31 mars 2020
Emmanuel #Macron a enfin pris la mesure des besoins massifs de masques, respirateurs et tests.
Notre pays sera prêt en mai, sans doute bien après le pic de l’épidémie...
#coronavirus #covid19

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Lionel COSTES @COSTESLionelEr · 1 avril 2020
"L’histoire retiendra que c’est depuis la filiale d’un groupe canadien qu’@EmmanuelMacron a battu le rappel, mardi 31 mars 2020, pour « rebâtir notre souveraineté nationale et européenne »" :
https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/04/01/emmanuel-macron-veut-rebatir-l-independance-economique-de-la-france_6035160_3234.html
Covid-19 : Emmanuel Macron veut « rebâtir » l’indépendance économique de la France le 31 mars 2020

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Courvoisier Avocat @JuliaCourvoizzz · 7 avril 2020
Notre système de santé, financé par des taxes et impôts parmi les plus élevés du monde, dépend donc de la Chine à 80%. Que ce soit pour les masques ou les médicaments. Et j’en passe ! Je vous assure qu’après le confinement, ça va valser à l’Elysée. #DehorsLesRomano #Voyous

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Les Echos @LesEchos · 30 avril 2020
Coronavirus : la Normandie compte relocaliser des productions industrielles
https://www.lesechos.fr/pme-regions/normandie/coronavirus-la-normandie-compte-relocaliser-des-productions-industrielles-1199489#xtor=RSS-147

Pour en savoir plus :

- Y a-t-il un risque pour l’approvisionnement en médicaments en février 2020 ?
- Il faut tirer les conséquences de la dépendance de l’approvisionnement chinois en mars 2020
- Covid-19 : le jour d’après : Couper le cordon avec l’Asie pour éviter la pénurie de médicaments
- Covid-19 : Le gouvernement veut accélérer la production de masques, l’industrie sous pression le 30 mars 2020
- Covid-19 : « Produire en France » : le virage souverainiste de Macron suscite l’ironie des oppositions le 31 mars 2020
- Covid-19 : Emmanuel Macron veut « rebâtir » l’indépendance économique de la France le 31 mars 2020
- Covid-19 : La course pour faire renaître de ses cendres l’industrie française des masques le 04 avril 2020
- Covid-19 : Médicaments, industrie : et si on relocalisait en France ? le 13 avril 2020