Covid-19 : Masques « made in France » cherchent acheteurs désespérément le 08 juin 2020 Les Français privilégient les masques chirurgicaux à usage unique, majoritairement importés de Chine

, dans le réseau de Christophe Juppin

Des millions de masques en tissu fabriqués dans l’Hexagone ne trouvent pas preneurs. Particuliers, entreprises et collectivités privilégient les masques chinois à usage unique. Une mission pilotée par Bercy va tenter de rectifier le tir.


L’opération séduction des masques français est prête à être enclenchée. Et il y a urgence. Depuis quinze jours, des stocks entiers de masques « grand public », en tissu, fabriqués dans les usines françaises France, dorment au fond des cartons, faute d’acheteurs. Le constat est amer : si les 25 millions d’unités hebdomadaires produites dans l’Hexagone se vendaient au début du déconfinement comme des petits pains, les masques jetables, en provenance d’Asie principalement, séduisent aujourd’hui davantage.

Le lundi 08 juin 2020, une réunion s’est tenu à Bercy avec pour objectif de pérenniser une filière du masque textile en France. Mais aussi de trouver, fissa, de nouveaux débouchés pour écouler les invendus. « Nous avons demandé à Yves Dubief, le PDG de la société Tenthorey, et Guillaume Gibault, le fondateur du Slip français, de devenir les ambassadeurs des masques textiles, explique-t-on au cabinet de la secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher. Ils ont pour mission d’évangéliser le masque grand public français. »

Haro sur les masques asiatiques

Car les 400 entreprises de textile qui ont breveté des masques et investi à la hâte pour fournir les Français, sont désormais - pour certaines - dans le rouge. L’Etat qui, en avril 2020, passait encore une commande de 10 millions de masques en tissu au Vietnam, tente donc aujourd’hui de venir en aide à un secteur embourbé. « Nous les avons alertées dès la mi-mai sur le fait que la demande ne serait pas toujours si forte, qu’il était urgent de rectifier le tir  », se dédouane-t-on à Bercy.

En effet, si la demande a été très forte au départ, «  le marché s’est finalement structuré et chaque entreprise, collectivité locale ou autre, a trouvé un fournisseur, pas forcément français, déplore Guillaume Gibault. Aujourd’hui, il faut expliquer qu’acheter durable est capital, avec des masques français réutilisables 10, 20, 30 et bientôt jusqu’à 50 fois ». Le patron du Slip français espère capter des renouvellements de commandes, auprès des collectivités locales notamment, et convaincre des secteurs encore peu équipés, comme la restauration.

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Pendant le confinement, les entreprises du secteur textile se sont lancées à corps perdu dans la confection de masques en tissu qu’elles peinent à écouler. (LP/Arnaud Journois)

« Les grandes entreprises ne jouent pas le jeu »

Mais le plus dur reste à faire : convaincre les particuliers. «  Les Français privilégient les masques chirurgicaux à usage unique, majoritairement importés de Chine, explique-t-on au cabinet d’Agnès Pannier-Runacher. Dans l’imaginaire collectif, il rassure davantage que le masque en tissu. Pourtant, il revient plus cher, vendu entre 0,55 euros et 0,60 euros l’unité, contre 3 à 5 euros pour un masque français réutilisable vingt fois (soit entre 0,15 et 0,25 euros par utilisation). Mais ce qui nous froisse également, ce sont ces grandes entreprises qui font le choix des masques jetables pour équiper leurs salariés. Elles ne jouent pas le jeu de l’écologie, ni de notre économie.  »

Et si la mission ministérielle espère en « ramener quelques-uns à la raison », le duo d’entrepreneurs devrait également chercher de nouveaux marchés à l’étranger. « Il faut ouvrir de nouveaux marchés à l’international, grâce au réseau Business France, prévient-on à Bercy. Peu de pays ont produit des masques en tissu de qualité comme les nôtres. C’est une carte à jouer. »

Publié par Aurélie Lebelle le dimanche 7 juin 2020 dans https://www.leparisien.fr/



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