Covid-19 : Masques en tissu. Bercy monte au créneau pour promouvoir le « made in France » Pérenniser une filière française de fabrication de masques

, dans le réseau de Christophe Juppin

Les masques, il n’y a pas si longtemps denrée rare, sont devenus en quelques semaines trop nombreux : pour aider le secteur du textile à trouver des débouchés, le gouvernement vient de lancer une mission de promotion du « made in France ». Afin de soutenir la production nationale de masques lavables, le ministère de l’Économie, qui organisait le lundi 8 juin 2020 une réunion avec les acteurs du secteur, a lancé une mission sur le sujet, visant à « évangéliser le grand public et les grandes entreprises » sur l’intérêt d’utiliser des masques en tissu, lavables, plutôt que des masques chirurgicaux.


Bercy fait en effet valoir qu’« après une phase de forte demande, aujourd’hui le marché évolue, d’autant plus que la situation sanitaire s’est améliorée ». Il s’agit donc d’aider les entreprises du secteur textile et de « pérenniser une filière française » dans l’hypothèse d’une deuxième vague ou d’autres crises sanitaires à l’avenir.

« 10 % des entreprises se retrouvent avec des stocks sur les bras  »

Il s’agit de l’énième rebondissement d’un feuilleton en cours depuis plusieurs mois. D’abord en manque criant, les masques s’accumulent désormais sur les rayons de certains acteurs de l’industrie textile. Depuis mi-mars, environ 450 entreprises françaises se sont converties à leur fabrication, parfois au prix d’investissements supplémentaires.

Le secteur mode et luxe a même mis en place une plateforme, « Savoir Faire Ensemble  », pour mettre en relation les producteurs et les acheteurs, mais aussi les fabricants de matières premières et les confectionneurs. En tout, grâce aux efforts de la filière, plus de 25 millions de masques grand public ont pu être produits par semaine en France, selon Bercy.

Mais alors que, dans l’urgence, des commandes massives étaient passées, y compris à l’étranger, aujourd’hui «  il y a 10 % des entreprises qui se retrouvent avec des stocks sur les bras  » a expliqué lundi la secrétaire d’État à l’Économie Agnès Pannier-Runacher sur RTL.

En réponse, Bercy a donc confié une mission au groupement « Savoir Faire Ensemble  », via une lettre de mission adressée à Guillaume Gibaut, le PDG du Slip Français et à Yves Dubief, le président de l’Union des industries textiles.

Les masques chirurgicaux, « moins écologique et économique »

L’objectif est de faire connaître auprès des acheteurs potentiels, collectivités, administrations ou entreprises, la production française de masques en tissu, qui répondent à un cahier de charges strict.

Autres intentions affichées : réduire la part des importations et faire la promotion à l’international de la production made in France. Mais aussi aider les entreprises à trouver des solutions pour résorber leurs éventuels stocks de masques.

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450 entreprises françaises se sont converties à la fabrication de masques en tissus pendant la pandémie. Aujourd’hui, certaines ont besoin de soutien car elles n’arrivent plus à les vendre. ( photo d’illustration) Thomas Brégardis - Ouest France

Le masque chirurgical peut apparaître comme « plus pratique, mais il est moins écologique et moins économique  », fait-on valoir à Bercy, précisant qu’utiliser les masques textiles représente aussi « une façon de soutenir le redémarrage de l’activité en France ».

« Le but de cette mission est de faire comprendre au grand public, aux entreprises, aux collectivités locales qu’il y a une offre de masques de qualité, performants, fabriqués en France. Cette offre doit être privilégiée à l’achat de masques jetables importés, qui ne sont pas forcément aussi bons en terme d’écologie », explique lui aussi Guillaume Gibault, le créateur du Slip Français, contacté par l’AFP.

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Guillaume Gibault, fondateur de l’entreprise Le Slip Français

« Faire rencontrer l’offre et la demande  »

Il espère que d’autres initiatives vont suivre pour soutenir l’ensemble d’une filière victime de délocalisations durant des décennies.

« Si on arrive à faire rencontrer l’offre et la demande sur les masques, on peut imaginer les mêmes procédés sur d’autres produits textiles », croit l’entrepreneur, « pour adresser les sujets à long terme que sont l’impact écologique ou la relocalisation ».

Sur ce dernier aspect, Bercy va d’ailleurs confier une mission au président du Comité stratégique de la filière Mode/luxe sur le développement d’une filière textile française plus durable.

Publié par Thomas Brégardis - Ouest France- le lundi 08 juin 2020 dans https://www.ouest-france.fr/sante

Le SOS des fabricants français de masques

Leurs salariés sont allés travailler quand les autres se confinaient. Mais les fabricants français de masques en tissu n’ont plus d’acheteurs et appellent à l’aide.


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Yves Dubief, président de l’Union des industries textiles (UIT) et Président chez Tenthorey comment la filière textile française se réinvente le 03 mai 2020

« Il faut se souvenir de l’ambiance à la mi-mars 2020, rappelle Yves Dubief, président de l’Union des industries textiles (UIT). Le confinement, la peur du virus. Mais, dans nos entreprises, la peur au ventre, on fabriquait les masques dont manquait le pays. »

Une mobilisation générale non pas de 450, mais d’un millier d’entreprises employant 20 000 salariés, soit un cinquième de la filière textile française, selon Yves Dubief, dont aucune, auparavant, ne fabriquait de masques. Réunies sous l’emblème Savoir Faire Ensemble, elles ont acheté du matériel, des tissus spéciaux, soumis leurs prototypes à la Direction générale de l’armement et l’Afnor. Avec, en appui, l’institut technique de la mode, du textile et de l’habillement et les pôles de compétitivité Techtera et EuraMaterials.


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Marc Pradal, président de l’Union française des industries mode et habillement (UFIMH)

Marc Pradal, président de l’Union française des industries mode et habillement (UFIMH), indique que 87 millions de masques ont ainsi été produits. Avec une capacité de production qui, modeste au début, a atteint son maximum à 10 millions par jour.

Mais ces masques ne trouvent plus preneur. On en compterait entre 20 à 70 millions en stock, selon Yves Dubief, et assez de tissu pour en fabriquer autant. De quoi doter tous les Français durant plusieurs semaines.

Car, entre la mobilisation générale sonnée par le gouvernement et l’arrivée des produits «  made in France », on a massivement importé des masques jetables, plus prisés des particuliers comme des entreprises. Le tout dans une France qui se déconfine de plus en plus le nez au vent.


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Eric Boël, président de l’entreprise Les Tissages de Charlieu dans la Loire. Les Tissages de Charlieu lancent un masque de confinement lavable le 19 mars 2020

Un drame pour une entreprise telle que Tissages de Charlieu, dont le PDG, Éric Boël, confiait il y a quelques jours sur RTL avoir investi un million d’euros et se retrouver avec un million de masques sur les bras.


Au sein du groupement Mode Grand Ouest, 350 salariés sont à l’arrêt depuis une semaine afin de ne pas augmenter le stock des 250 000 masques invendus ni dépasser les 630 000 € de manque à gagner.

Convaincre les entreprises

Il y a de quoi être un peu amer, admet Yves Dubief. En Auvergne-Rhône-Alpes, où quarante-cinq entreprises peuvent produire cinq millions de masques par semaine, le délégué général de l’organisation professionnelle Unitex, Pierre Chalvin, dénonce carrément la douche froide des arrêts ou annulations de commandes au profit d’importations en provenance de pays à bas coût. Dans l’Ouest, des villes comme Nantes, Cholet, se sont partiellement approvisionnées en masques tissu au Portugal, en Espagne ou au Vietnam. L’État en aurait même commandé 10 millions au Vietnam.

Pour Guillaume de Seynes, président du comité stratégique de la filière de la mode et du luxe et dirigeant chez Hermès, il appartient maintenant à l’État de racheter les stocks et de passer ses nouvelles commandes en France.

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Guillaume de Seynes, président du Comité stratégique de filière mode et luxe, a écrit le 28 mai 2020 à la secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher pour demander de flécher la commande publique vers les entreprises françaises . La filière textile appelle l’Etat à la soutenir

La filière textile demande que ses entreprises puissent bénéficier d’un chômage partiel remboursé à 100 % comme ce fut le cas pour les autres durant le confinement (mais qui a été réduit depuis), le temps que redémarrent leurs marchés traditionnels (mode, linge d’hôtellerie, tissus techniques pour l’automobile, l’aéronautique, etc.).

Une mission vient d’être confiée à Yves Dubief et à Guillaume Gibault, PDG du Slip français, par la secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher. Objectif : convaincre les entreprises du Cac 40 ainsi que les marchés export que le monde d’après la pandémie est plutôt celui d’un masque réutilisable made in France que celui d’un objet jetable fait en Chine. « Trop compliqué, le lavage ? Bien sûr, c’est une contrainte, revendique Sylvie Chailloux, présidente de Mode Grand Ouest. Mais il faut savoir ce qu’on veut. Du jetable, ou du durable, produit en France ».

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Sylvie Chailloux, PDG de Textile du Maine et présidente de Mode Grand Ouest

Publié par André Thomas - Ouest France- le lundi 08 juin 2020 dans https://www.ouest-france.fr/sante

UNITEX AuRA
UIT Nord
UIT Champagne Ardennes
SYNDICAT TEXTILE DE L EST
SYNDICAT TEXTILE ST QUENTIN BOHAIN
UIT Sud
MODE GRAND OUEST
UPTHC Union Professionnelle Textile Habillement Cuir
La Fédération de la Maille, de la Lingerie & du Balnéaire

IFTH
TECHTERA
EuraMaterials

Savoir Faire Ensemble


Pour en savoir plus :

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