Covid-19 : Les poignées en cuivre expérimentées dans la Marne sont un « moyen supplémentaire » de se protéger du coronavirus Les vertus antivirales et antibactériennes du cuivre sont historiquement connues.

, dans le réseau de Christophe Juppin

Les vertus antibactériennes des équipements en alliage cuivreux sont utiles à lutter contre la transmission du COVID-19 estime Marius Colin, chercheur à l’Urca. L’industriel Lebronze alloys (Suippes) est pionnier en la matière.


La dramatique actualité du COVID-19 met en lumière le travail de recherche entrepris depuis plusieurs années par le groupe Lebronze alloys (ex-Le Bronze Industriel), dont le siège et l’usine principale se trouvent à Suippes dans la Marne, autour des vertus antivirales et antibactériennes des alliages cuivreux.

Ces qualités sont historiquement connues. On utilise depuis longtemps le cuivre pour traiter le mildiou dans les vignes ou lutter contre la prolifération des algues dans les piscines. Lors des épidémies de choléra survenues à Paris au XIXe siècle, les scientifiques avaient remarqué que les travailleurs du cuivre n’étaient pas touchés.

Fournisseurs de pièces en alliage cuivreux pour des industriels des transports, de l’énergie, du luxe encore de l’écriture, Lebronze alloys a lancé il y a quelques années Steriall une gamme de poignées de portes et de rampes destinées aux établissements de santé et Ephad voulant lutter contre les maladies nosocomiales et en particulier contre les bactéries multirésistantes.

Au préalable, Lebronze alloys a voulu s’appuyer sur de nouvelles recherches scientifiques. Le groupe est à l’origine de recherches menées par l’Université de Reims Champagne-Ardenne (Urca). Dans ce cadre, 1000 poignées de porte et 1000 mètres de mains courantes ont été installés dans cinq Ehpad et un Marpa de la Marne *. Ces établissements accueillant des personnes âgées ont été équipés à 50 % de poignées et rampes en alliage cuivreux et à 50 % de poignées et rampes standards (en inox, plastique, aluminium ou bois).

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Les vertus antivirales et antibactériennes du cuivre sont historiquement connues. Lebronze alloys les a prises en compte pour créer une gamme de poignées de portes et de rampes en alliage cuivreux. (DR Steriall)

« Les surfaces en alliage de cuivre semblent réduire efficacement les coronavirus dans leur ensemble »

Le chercheur Marius Colin a pu mesurer, au travers de 1300 prélèvements réalisés pendant trois ans, que le niveau contamination était « significativement plus faible  » ‘(environ 60 %) sur les poignées et rampes en alliage cuivreux. C’est même l’objet de la thèse en microbiologie qu’il a soutenue en mars 2019 à l’Urca.

Celle-ci porte essentiellement sur des bactéries «  manuportées » (qui se transmettent par les mains) telles que les streptocoques et staphylocoques. Qu’en serait-il pour un virus et le COVID-19 en particulier qui se transmet par les gouttelettes de salive et, dans une moindre mesure, par les mains et la surface des objets ? Peut-il être désactivé par le cuivre ? «  Il est difficile de faire des pronostics mais au vu des publications qui ont été publiées au cours des dernières années, les surfaces en alliage de cuivre semblent réduire efficacement les coronavirus dans leur ensemble », répond Marius Colin. Ce dernier précise qu’une réponse plus formelle doit venir d’études in vitro et sur site complètes. Une thèse d’exercice, en cours de finalisation à l’Urca, devrait apporter un nouvel éclairage sur la désactivation des virus par les poignées en alliage cuivré.

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« Nous ne prétendons pas avoir la solution miracle mais nous pensons que cela peut être une barrière parmi d’autres », indique Michel Dumont, président du groupe Lebronze alloys.

En attendant, Lebronze alloys communique avec prudence sur l’intérêt des produits Steriall dans le contexte actuel. « Nous ne prétendons pas avoir la solution miracle mais nous pensons que cela peut être une barrière parmi d’autres », indique Michel Dumont, président du groupe. « L’installation de poignées en alliage de cuivre ne viendrait pas se substituer au lavage des mains mais c’est un moyen de défense supplémentaire qu’il est intéressant d’utiliser. Il faut mettre toutes les chances de son côté, les surfaces de contact en alliage de cuivre sont un bonus qui n’est pas négligeable », ajoute Marius Colin.

S’il est naturellement impossible de changer rapidement toutes les poignées de porte de France, Lebronze alloys pense avoir en main un produit d’avant-garde. Le groupe se dit prêt à communiquer avec les acteurs intéressés sur ses travaux et à poursuivre les recherches. « Nous pensons qu’il faut étudier ces problèmes de transmission très sérieusement dans l’avenir. Cela fait plusieurs années que nous travaillons et investissons sur le sujet. Nous ne le faisons pas pour l’argent mais parce que nous sommes étonnés, et mêmes profondément intrigués, par l’interaction entre les surfaces de cuivre et les virus ou les bactéries », conclut Michel Dumont.

La thèse de Marius Colin s’intitule «  Évaluation de l’activité microbienne de surfaces en alliages de cuivre dans les établissements de santé ». Il a présenté en 2017 ses travaux dans le cadre du concours de vulgarisation scientifique « Ma thèse en 180 secondes ».

Lebronze alloys emploie 1300 personnes sur 16 sites de production en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Pologne, aux États-Unis et en Chine. Le groupe réalise 250 millions d’euros de chiffre d’affaires par an.

*L’Ehpad Villa des Rèmes (Korian, Reims), L’ Ehpad Sarrail (Centre Communal d’Action Sociale, Châlons-en-Champagne), la Maisons d’accueil rural pour personnes âgées (Marpa) Les Charmilles , (Courtisols), l‘Ehpad Saint-Joseph (Maison Saint-Joseph, Châlons-en-Champagne), et l’Ehpad Wilson (Centre Hospitalier Universitaire, Reims).

Publié le 24 mars 2020 sur https://abonne.lunion.fr


Vers un plan « cuivre » dans les hôpitaux français ?

La question d’un plan de prévention des infections nosocomiales par le cuivre dans les hôpitaux français a été publiquement abordée en séance officielle le 28 juin 2011 à l’Assemblée Nationale, à l’initiative du député Hervé Féron.

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Le centre hospitalier de Rambouillet dans les Yvelines (78) à équipé en 2011 ses services de réanimation et de pédiatrie avec des éléments en cuivre et alliages de cuivre antivirals et antibactériens.

Pour en savoir plus :

- Un hôpital teste le cuivre pour lutter contre les infections en juillet 2011
- Les alliages de titane pour le médical
- Un guide sur l’aptitude à l’utilisation des DM co-signé Cetim et Snitem
- Symposium « Matériaux antimicrobiens », 19 septembre 2018, à Reims
- Covid-19 : Les poignées en cuivre expérimentées dans la Marne sont un « moyen supplémentaire » de se protéger du coronavirus le 24 mars 2020
- Covid-19 : Une entreprise du Japon développe une feuille de fils de cuivre tressés qui accélère l’inactivation des particules virales le 10 avril 2020
- Covid-19 : l’entreprise marnaise Axon’Cable participe à la fabrication de respirateurs, mais pas uniquement, le 19 avril 2020