Covid-19 : Le renfort de l’e-santé dans le Grand Est 300 médecins, toutes spécialités confondues, se sont emparés de l’outil de téléconsultation Pulsy mis à leur disposition

, dans le réseau de Arounie Tavenet

Distanciation sociale oblige, la crise du coronavirus a provoqué une explosion du recours aux outils de e-santé. Dans le Grand Est, le groupement régional d’appui au développement de l’e-santé Pulsy joue en la matière depuis plusieurs semaines un rôle de prescripteur et facilitateur.


«  Une crise comme celle-ci accélère tout. Là où on aurait mis des années à déployer des outils de télémédecine, certains ont été opérationnels en quelques jours. » À la tête du pôle Santé publique, santé au travail et hygiène hospitalière des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, le Dr Gabriel Nisand témoigne d’une explosion de recours à l’e-santé par les médecins des HUS.

Un outil allégé arrivé « pile au bon moment »

En moins de deux semaines, plus de 300 médecins, toutes spécialités confondues, se sont emparés de l’outil de téléconsultation mis à leur disposition (gratuitement le temps de la crise) par le groupement régional d’appui au développement de l’e-santé (Grades) du Grand Est, baptisé Pulsy. Ils étaient une poignée à frayer avec la télémédecine avant l’émergence de la crise.

La consigne adressée aux chefs de pôles et chefs de service de cesser au maximum de faire venir les patients sans pour autant rompre le lien a naturellement dopé la « conversion » aux usages numériques. D’autant que Pulsy a proposé aux professionnels un outil allégé, «  Odys Web », facilitant sa prise en main par les soignants, qu’ils soient libéraux ou hospitaliers. « L’outil est arrivé pile au bon moment », salue de Dr Gabriel Nisand, qui insiste sur «  le travail d’équipe » conduit avec le centre régional d’informatique hospitalière (CRIH) et le directeur informatique de l’hôpital Nicolas Boschetti.

En Alsace, entre le 17 mars et le 9 avril 2020, 1 270 téléconsultations ont été réalisées avec ce seul outil par des hospitaliers et des libéraux. Et d’autres initiatives publiques ou privées se multiplient par ailleurs. Avec, pour Pulsy, la double exigence de garantir l’interopérabilité de ces nouveaux outils avec les logiciels déjà utilisés et de sécuriser les échanges.

« Jusqu’à il y a un an, il y avait peut-être trois prestataires de télémédecine, aujourd’hui il doit y avoir une quinzaine », constate le Dr Pascal Charles, pneumologue et allergologue libéral à Strasbourg et président de Pulsy.
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Le nombre de téléconsultations multiplié par 5 dans le Grand Est

D’ordinaire à l’œuvre sur le dossier médical partagé, la messagerie sécurisée ou la télémédecine, le Grades du Grand Est a vu son rôle de prescripteur de solution de e-santé prendre une ampleur sans précédent ces dernières semaines. Webinars, accompagnement technique et déploiement d’outils web sélectionnés permettant les téléconsultations à domicile : la quarantaine d’ingénieurs de Pulsy s’est mobilisée pour accompagner au mieux les professionnels.

« Dans un contexte de confinement, c’est évidemment indispensable, à la fois pour permettre aux patients covid de rester confinés et pour permettre aux patients non covid d’être pris en charge : il ne faudrait pas que la crise sanitaire actuelle infectieuse s’accompagne demain d’une crise sanitaire par retard ou non prises en charge des maladies chroniques », insiste le Dr Pascal Charles, qui fait état d’une multiplication par cinq du nombre de téléconsultations dans le Grand Est au 31 mars.

Une fois la crise passée, les vertus de la télémédecine ne feront pas oublier celles de la consultation « classique ». « En tant que médecins, nous avons tous appris qu’un patient, ça s’examine, que la consultation passe par le contact, un regard, et que le temps d’échange est fondamental », insiste le Dr Nicolas Lefèbvre, chef du service de maladies infectieuses des HUS. Mais face à la nécessité de rattraper un mois de consultations après avoir été « noyé dans le covid-19  », le médecin s’interroge : « pour des patients connus, des suivis réguliers, pour éviter des déplacements… cela peut être une solution. Je me suis demandé si une partie de mon activité n’allait pas devenir de la téléconsultation. »

Pour le président de Pulsy, « notre rapport à la télémédecine et aux outils de e-santé s’est certainement amélioré par nécessité au cours de cette épidémie. Chaque médecin et patient y trouvera peut-être une utilité pour l’avenir. »

Les Ehpad en demande

Depuis 2017, la start-up strasbourgeoise TokTokDoc œuvre à l’optimisation de la prise en charge des résidents d’Ehpad avec une offre de service de télémédecine dédiée, opérable sur abonnement via une tablette fournie par la société. Depuis, le début de l’épidémie, nombreux sont les établissements qui ont fait appel à l’entreprise pour s’équiper. Une soixantaine de contrats supplémentaires ont été signés ces dernières semaines avec des Ehpad, faisant passer le nombre d’établissements français équipés de cette solution à près de 250, indique le fondateur le Dr Laurent Schmoll. La société a par ailleurs veillé à équiper ses tablettes d’outils de visioconférence « classiques », pour faciliter du même coup le maintien du lien avec les proches.

En parallèle, la start-up a décidé d’ouvrir gratuitement pendant deux mois son logiciel aux Ehpad qui seraient déjà équipés d’une tablette, pour des usages administratifs par exemple. « Tous les Ehpad pourront faire de la télémédecine gratuitement avec les médecins généralistes ou spécialistes des résidents sans limitation  », se félicite le Dr Laurent Schmoll.

Une polyclinique mobile effective dans six établissements

Et preuve que la pratique de la télémédecine suscite un intérêt vif dans les Ehpad, l’expérimentation de polyclinique mobile conduite par la société depuis la mi-mars s’est vue considérablement accélérée, circonstances obligent.

Le dispositif repose cette fois sur des infirmières employées par TokTokDoc qui se rendent d’Ehpad en Ehpad pour y apprécier les besoins en télémédecine et organiser en conséquence les téléconsultations dans les 48 heures avec des médecins libéraux vacataires.

Pensée depuis plus d’un an, cette expérimentation conduite avec l’Assurance maladie est née du constat que même équipés, les établissements souvent soumis à un manque de personnel n’avaient pas les moyens humains de déployer la télémédecine en leur sein.

Le calendrier prévoyait le déploiement de cette polyclinique mobile dans deux Ehpad par mois sur les quatre prochains mois. À la demande des intéressés, elle est d’ores et déjà effective dans six établissements.

« Nous avons déjà engagé deux infirmières, permettant de multiplier par cinq les téléconsultations des EHPAD inclus », indique Laurent Schmoll.

L’objectif, toujours d’actualité après la crise, étant de « limiter la dégradation des patients, de réduire leurs hospitalisations » et incidemment de faire faire à l’Assurance maladie des économies.

H.D.

La télésurveillance à domicile en aide aux malades du covid-19

La télémédecine s’est révélée particulièrement précieuse dans le suivi des patients atteints du covid-19 et maintenus à domicile. Il s’agit là de télésurveillance. Les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, tout comme d’autres centres hospitaliers alsaciens et plusieurs cliniques privées et médecins de ville se sont dotés ces dernières semaines de la solution Lifen-Covid sélectionnée par Pulsy et développée par l’éditeur Lifen.

Aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS), plus de 700 patients dépistés (pour la plupart des personnels de santé) ont jusqu’ici ainsi été suivis (soit 12 000 journées de suivi) à distance par une équipe d’une cinquantaine de médecins volontaires, essentiellement constituée d’ophtalmologues dont l’activité était à l’arrêt, et coordonnée par le Dr Nicolas Lefèbvre.

L’outil repose sur l’envoi au patient d’un questionnaire par SMS - une à deux fois par jour selon la gravité de son état - portant sur ses symptômes et ses constantes. Les résultats obtenus permettent de classifier la gravité des cas selon un code couleur, et d’adapter au jour le jour le suivi. « Dès les premiers diagnostics, nous nous sommes rendu compte que les patients dépistés en ambulatoire étaient extrêmement inquiets. Sans avoir à les hospitaliser, il était important de ne pas les lâcher dans la nature », explique le Dr Gabriel Nisand qui décrit un « outil pragmatique » qui permet en outre de faire état de ce suivi au médecin traitant voire de le lui déléguer.

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Les Dr Gabriel Nisand (à gauche) et Nicolas Lefèbvre, respectivement chef du pôle Santé publique, santé au travail et hygiène hospitalière et chef du service des maladies infectieuses des Hôpitaux universitaires de Strasbourg. (Photo DNA /Cédric JOUBERT)

Publié par Hélène DAVID le 18 avril 2020 dans https://c.dna.fr/


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Pulsy @pulsy_grandest · 19 avril 2020
À lire !! La e-santé en renfort dans le Grand Est avec @pulsy_grandest
DNA @dnatweets · 19 avril 2020
Coronavirus : le renfort de la e-santé dans le Grand Est par Cédric Joubert
https://c.dna.fr/sante/2020/04/18/le-renfort-de-la-e-sante-dans-le-grand-est

Pour en savoir plus :

- Santé et numérique : un marché "en plein essor" au sein du pôle Cap Digital
- Hébergement des données de santé (HDS) : les référentiels d’accréditation et de certification sont publiés au Journal Officiel le vendredi 29 juin 2018
- Médecins : signature de l’avenant sur la télémédecine le 14 juin 2018
- Covid-19 : Le renfort de l’e-santé dans le Grand Est le 18 avril 2020
- Covid-19 : En Meuse : le numérique en suivi des patients le 18 mai 2020