Covid-19 : Laboratoires Juva Santé en Moselle a produit l’équivalent d’une année de gel hydro-alcoolique le 24 mars 2020 l’enjeu est maintenant de savoir si l’entreprise pourra continuer à s’approvisionner auprès de ses fournisseurs

, dans le réseau de Céline THOMAS

Début mars 2020, le Laboratoires Juva Santé à Behren-lès-Forbach (Moselle) avait commercialisé l’équivalent de ses ventes annuelles de gel hydro-alcoolique. Depuis février, la production a lieu en continu du lundi matin au samedi soir, la rendant prioritaire sur les compléments alimentaires et autres produits de médication familiale qui sont fabriqués en flux tendu. L’enjeu est maintenant de savoir si l’entreprise pourra continuer à s’approvisionner en matières premières.

Il y a une dizaine d’années, le petit flaconnage émargeait encore au rang des anonymes des rayons des hypermarchés. En cette période de crise sanitaire liée au coronavirus, les gels hydro-alcooliques produits notamment à Behren-lès-Forbach (Moselle) par Laboratoires Juva Santé, apparaissent comme des articles indispensables, et souvent introuvables. Cette filiale du groupe Urgo (3.000 salariés) commercialise ces produits antibactériens sous la marque Mercurochrome dans les grandes surfaces, pharmacies, commerces des gares et aéroports.

Les évènements se sont enchaînés rapidement pour le site de production lorrain qui emploie 80 salariés (chiffre d’affaires non communiqué). Début janvier 2020, la production s’est mise en ordre de marche en vue d’alimenter le marché français. Le recours à de la main d’œuvre volontaire et à l’intérim a permis de passer la vitesse supérieure début février : passage de l’activité de deux à trois postes, autrement dit d’une production en semaine de 6h à 22h, à une activité en continu du lundi 6h au samedi 20h.

Début mars 2020, 1,5 million de flacons avaient été commercialisés soit l’équivalent des ventes annuelles et les lignes commençaient à rencontrer des difficultés à répondre à la demande. Alors que la crise sanitaire s’étend petit à petit à l’ensemble du continent, il n’est évidemment pas question de stopper cette activité stratégique.
Alors, l’entreprise joue les équilibristes en priorisant les gels antibactériens sur ses lignes et en travaillant à flux tendu sur ses autres produits. Juva Santé a également reporté son plan d’investissement dans l’automatisation de ses postes de conditionnement.

Un marché doublé par la grippe H1N1

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La mobilisation des 80 salariés de l’établissement de Forbach a permis de livrer depuis le début de l’année au marché français. © Juva Santé

L’explosion des ventes constitue-t-elle une aubaine pour Laboratoires Juva Santé ? Julien Laborie, son directeur marketing tempère : « Fournir ce biocide au plus grand nombre de Français relève davantage de notre responsabilité que de l’opportunité économique. Il s’agit d’un produit à faible rentabilité commercialisé autour de 3 € l’unité pour un flaconnage de base. »

En 2019, les ventes de gels hydro-alcooliques ont représenté 2% des 25 millions d’unités commercialisées par Laboratoires Juva Santé. L’établissement qui emploie 350 personnes au total (avec un centre de distribution à Gevrey-Chambertin en Côte-d’Or et les services support à Paris) compte davantage sur ses produits de phytothérapie (Juvamine), ses compléments alimentaires (Esprit bio), ses antiparasitaires (Marie Rose) et dispositifs médicaux (Mercurochrome, Intimy).

Mais le gel quasi inconnu au bataillon il y a peu constitue désormais un «  best of » des ventes. «  Avant l’épidémie de grippe H1N1 en 2009-2010, nous ne commercialisions qu’une seule référence de solution antibactérienne, un flacon de 75 millilitres qui n’était pas une des meilleures ventes de notre catalogue. Le geste de se laver les mains avec une solution hydroalcoolique n’était pas familier », éclaire le directeur marketing de Laboratoires Juva Santé.

Une fois passée le pic de la demande liée à cette crise sanitaire, le marché a doublé en volume. Depuis Juva Santé a lancé plusieurs déclinaisons : un flacon-pompe de 250 millilitres, des produits parfumés au monoï, pamplemousse et à l’Aloe Vera. Dernier né, une version en spray proposée depuis septembre 2019.

Dans le contexte de la pandémie de Covid-19, l’enjeu est maintenant de savoir si l’entreprise pourra continuer à s’approvisionner auprès de ses fournisseurs européens en alcool, agents hydratants, gélifiant et parfums, les quatre composants essentiels d’un gel hydro-alcoolique.

Publié par Philippe Bohlinger le 24 mars 2020 sur https://www.tracesecritesnews.fr


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