Covid-19 : L’Aveyronnais Bleu de chauffe se lance dans la production de masques en coton Le secteur textile se mobilise dans la crise sanitaire que traverse la planète.

, dans le réseau de Sandrine Jullien-Rouquié, Valérie RANDÉ

Installée proche de Millau, la PME Bleu de chauffe reconnue mondialement pour son savoir-faire artisanal dans la maroquinerie apporte sa contribution dans la lutte contre le covid-19. Depuis quelques jours, sur demande de la Région Occitanie, l’entreprise et ses 27 salariés produisent des masques en coton réutilisables, destinés à divers secteurs d’activités. Déjà plus de 1 500 masques sont sortis de ses ateliers. Les détails.


C’est une marque aveyronnaise reconnue mondialement dans le secteur du luxe pour ses dizaines de références dans la maroquinerie, aussi bien pour la femme et l’homme, totalement fabriquées à la main. Mais depuis le début du confinement en France, soit le 16 mars 2020, la PME Bleu de chauffe a été sollicitée par le Conseil régional d’Occitanie pour produire un tout autre type de pièce.

"La Région Occitanie nous a contacté pour produire dès que possible des masques en coton et elle nous a aussi donné des plans pour y parvenir. Au début, nous étions réticents à l’idée de produire des masques face aux nombreuses normes à respecter. Surtout, nous venions de renvoyer chez eux tous nos salariés car ils étaient paralysés par le contexte et dans ces conditions, il était impossible de travailler", raconte le co-fondateur de la marque et designer, Alexandre Rousseau.

Des masques réutilisables

Malgré les réticences initiales, Bleu de chauffe enclenche la production pour tenter d’aider les professionnels sur le terrain. Ainsi, quelques jours après, les premiers masques constitués de coton et d’une couche de molleton sortent des ateliers grâce aux 13 artisans présents (sur les 20 salariés habituellement consacrés à la production dans l’entreprise qui emploie 27 salariés au total). Ce qui a permis à la PME installée tout proche de Millau de produire 1 500 masques, réutilisables en les lavant à 90 degrés, rien que sur la semaine du 24 au 28 mars 2020.

"Nous n’avons rien à voir avec les usines chinoises au niveau de la productivité, c’est certain, car nous sommes sur un procédé complément artisanal comme pour notre maroquinerie. Néanmoins, nous commençons à produire des quantités non négligeables de masques pour des professionnels non-soignants", estime le dirigeant.

Ce dernier insiste sur le fait que sa production n’est pas destinée au personnel soignant au contact des malades. Néanmoins, la demande est forte. En plus de la liste d’entreprises dans le besoin dressée par la Région Occitanie, des entreprises du BTP, des chauffeurs-livreurs, des commerçants et même des forces de l’ordre ont passé des commandes. À noter également que le CHU de Fontenay-le-Comte (Vendée) a demandé une livraison pour son personnel non-soignant.

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Depuis un an, Bleu de chauffe travaille dans un nouvel atelier (Crédits : Bleu de chauffe).

Une centaine de revendeurs dans le monde

Le succès de cette opération de solidarité, dans ce contexte malheureux, est à l’image de la forte demande qu’enregistre au quotidien Bleu de chauffe grâce à son savoir-faire artisanal dans la maroquinerie. Après avoir produit 500 pièces lors de l’année de lancement en 2009, la marque aveyronnaise a fabriqué l’année passée 14 000 unités. Un stock qui s’est écoulé à 50% à l’étranger grâce notamment à sa centaine de revendeurs dans le monde, même si son marché domestique premier reste la France devant la Chine et les États-Unis, et via sa boutique en ligne. Des canaux qui permettent d’écouler la centaine de références de la marque, renouvelées à 30% deux fois dans l’année 2020.

"Nous faisons de l’artisanat 2.0. Nous produisons avec des méthodes ancestrales qui datent de 100 ans, mais pour communiquer et vendre nous utilisons des procédés modernes. Étant donné que chacune de nos pièces est fabriquée à la main de A à Z, il faut six mois à un nouveau salarié pour être pleinement opérationnel car il doit faire preuve de polyvalence", explique Alexandre Rousseau, qui a co-fondé la marque avec Thierry Batteux.

Après avoir recruté en fin d’année 2019 et début 2020 trois nouveaux artisans face à la forte demande, Bleu de chauffe va provisoirement geler ses trois autres recrutements prévus sur l’année 2020 afin de voir la réaction de la consommation à la sortie de la crise de covid-19. Néanmoins, le dirigeant tient à rassurer et souligne que son entreprise à la capacité de traverser cet épisode de ralentissement de son activité. La société est parvenue à se dégager une trésorerie suffisante grâce notamment aux trois millions d’euros de chiffre d’affaires réalisés en 2019.

Pierrick Merlet

Publié par Pierrick Merlet le 31 mars 2020 sur https://toulouse.latribune.fr


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