Covid-19 : Eminence passe des sous-vêtements pour hommes aux masques de protection Eminence, réalise en urgence la production de 7.000 masques simples anti-projection.

, dans le réseau de Sandrine Jullien-Rouquié, Valérie RANDÉ

Le groupe textile Eminence, dont l’activité de fabrication de sous-vêtements masculins est à l’arrêt, reconvertit son outil de production dans la fabrication de masques de protection. 7.000 masques sont en cours de confection dans l’usine d’Aimargues, dans le département du Gard en région Occitanie.


Des sous-vêtements masculins aux masques de protection.

Face à l’urgence sanitaire, et pour pallier un arrêt brutal de son activité traditionnelle, Eminence réalise en urgence la production de 7.000 masques simples anti-projection (non labellisés FFP2), dans son usine d’Aimargues, pour les pompiers de l’Hérault et les soignants du CHU de Montpellier.

« Nous avons été sollicités par le service départemental d’incendie et de secours (Sdis) de l’Hérault, pour la confection de masques en triple épaisseur de tissu, détaille Dominique Seau, PDG du groupe textile détenu par Delta Galil. Sur les 400 salariés, 50 sont mobilisés à Aimargues - les autres étant en chômage partiel - pour couper et confectionner. »

Des machines à coudre espacées pour éviter les contaminations

Les masques sont fabriqués avec du coton et de l’élasthanne entreposés sur site qui étaient à l’origine prévus pour d’autres types de confections. «  Il faut faire preuve d’ingéniosité, avec ce que l’on a, car tous les approvisionnements sont bloqués », explique Dominique Seau. Le processus de fabrication est classique. Ce qui a pris du temps dans le cas d’Eminence c’est la mise au point d’un prototype avec le médecin-colonel du Sdis. « On n’a pas le droit à l’erreur, et nous n’avons pas de compétences en matière de santé », ajoute le patron.

Les masques, dont la production a débuté lundi 20 mars 2020, seront réutilisables après lavages répétés. Cette première commande sera livrée à prix coûtant au Sdis de l’Hérault. Avantage, en termes logistiques : la réactivité de livraison, dans un contexte international de fermeture de frontières. D’autres Sdis de la région Occitanie ont contacté Eminence.

L’entreprise a en outre répondu à l’appel d’offres national de la Direction générale de l’équipement, dont les besoins journaliers s’élèvent à 100.000 masques. Eminence fait partie d’un réseau de solidarité informel qui s’est mis en place entre professionnels du secteur textile, avec l’appui de la Fédération de la maille, de la lingerie et du balnéaire et avec l’Union des industries textiles. «  Nous sommes par exemple en relation avec la bonneterie Lemalhieu (Nord), les jeans Tuffery (Lozère), notre client Le Slip Français ou encore la fabrique de soie Sericygne (Gard)  », explique Dominique Seau. Pour éviter toute contamination dans l’usine, les machines à coudre ont été espacées d’1,2 mètre, alors qu’elles sont d’ordinaire disposées côte à côte. Une partie des masques sera par ailleurs utilisée par les ouvrières, et expédiée vers le site de Biella (piémont milanais), actuellement fermé.

Hubert Vialatte (Correspondant à Montpellier )

Publié par Hubert Vialatte le 25 mars 2020 sur https://www.lesechos.fr/

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Dominique Seau, PDG du Groupe Eminence ( Delta Galil )

Dominique Seau, l’éminence d’Eminence

Le lundi 7 mai 2018, Eminence, numéro un français des sous-vêtements masculins, annonçait avoir signé un compromis de vente avec Delta Galil. La PME gardoise et ses 385 salariés devraient ainsi passer, fin 2018, sous pavillon israélien. Mais son patron, Dominique Seau, aux manettes depuis 2007, reste serein. «  Je prévois de rester à mon poste de président d’Eminence lorsque Delta Galil sera notre nouvel actionnaire  », explique cet homme de 52 ans, qui n’a pas toujours été dans le textile, tant s’en faut. D’ailleurs, il se dit « Gardois de l’extérieur ».

Natif de Bagnols-sur-Cèze, ce fils d’une assistante sociale et d’un mécanicien de la marine marchande a, en effet, eu très tôt la bougeotte : «  Je voulais voyager », confie-t-il. Sur les traces de son père, il s’engage dans la Marine nationale, qui l’enrôle comme officier de navigation sur un escorteur pendant seize mois. « Il y avait des marins-pêcheurs aux côtés de bac +5. Cette expérience de la diversité fut une expérience forte  », rembobine-t-il.

Après un diplôme décroché à Sup de co Reims, Dominique Seau, qui a fait ses armes comme commercial pour les shampoings de L’Oréal, met le cap sur la Russie en 1994 : le géant des cosmétiques l’envoie créer le service marketing d’une filiale russe. Avant l’effondrement du rouble en 1998, il vit quatre années intenses, dans un esprit de joyeuse start-up. « On est passé, en trois ans, de 20 à 400 personnes. L’encadrement intermédiaire était constitué de coopérants et de Russes maîtrisant le français à la perfection. Mais tout était contrôlé : les logements, les loisirs, le travail. »

Insatiable, et désormais «  rodé  » au développement de filiales, Dominique Seau «  appareille » ensuite pour le Danemark, toujours pour L’Oréal. Il y découvre un avant-goût de la qualité de vie au travail, sujet qui deviendra en vogue plus tard en France. «  L’importance de l’ambiance au bureau, le tutoiement de rigueur quels que soient les rapports hiérarchiques, le rôle de l’entreprise dans le développement personnel : tout cela, je l’ai découvert au Danemark, avec quinze ans d’avance », raconte-t-il.

Polyglotte averti

Ce polyglotte averti (cinq langues au compteur : anglais, allemand, français, danois et russe), père de trois enfants, étoffe ensuite le marketing de Danone, d’abord à Prague puis à Paris, pour la marque LU. «  C’était après le plan social, dans un contexte compliqué », dit-il.

C’est en passant chez le suisse Triumph International qu’il découvre l’industrie textile. L’homme fait entrer Triumph chez Carrefour, et réussit un tour de force, « mettre Yannick Noah en slip dans la publicité Sloggi : on a doublé nos ventes sur les produits hommes ! » sourit-il. Un coup qui lui vaut d’être approché par les actionnaires d’Eminence, qui cherchaient en vain, depuis deux ans, «  à faire venir quelqu’un en Camargue ». Dominique Seau ne s’est pas fait prier. «  C’était à la fois un retour aux sources, auprès des miens, et une occasion de contribuer modestement à l’emploi local. » C’est aussi une promotion. « Auparavant, je dirigeais des filiales marketing. A Eminence, je devenais actionnaire, président, chargé des finances et de la partie industrielle. » Aujourd’hui, la société produit 25 millions de pièces par an, notamment sur les sites d’Aimargues et de Sauve. Et il a lancé deux grands chantiers : la transformation digitale et la politique RSE de l’entreprise (diminution des consommations de gaz et d’électricité, développement du coton biologique...).

Le dirigeant, qui se rend chaque semaine à Paris, s’est découvert dans le Gard une passion pour la course automobile et les voitures de compétition. « Les frères Alméras, basés dans l’Hérault, m’ont reconstruit une vieille Porsche 911 de 1977, avec laquelle j’ai fait le Critérium des Cévennes. Cette année, je tente la Tramontane [Classic] , dans les Pyrénées. » Son regard pétille à l’évocation des « vieux cuirs, des huiles chaudes  » et du bruit « si particulier dégagé par cet engin de 1.100 kilos ».

En 2017, Eminence réalise un chiffre d’affaires de 127 millions d’euros (125 millions d’euros en 2016), dont 24 millions d’euros à l’export. La marque Athena, notamment, a gagné des parts de marché, avec de nouveaux produits en coton bio. Et le groupe détient des savoir-faire très spécifiques : «  Piquer à la machine, couper, tricoter du coton... égrène le dirigeant. Je suis incapable de faire ces métiers, étant très maladroit ! Cela amène à beaucoup d’humilité et à me sentir proche de chacun des salariés. » D’autant que les contraintes sont fortes : « Ici, les cadres pointent. Le textile est un univers où, pour sauvegarder les emplois en France, nous devons être très productifs et avoir un haut niveau de qualité... » L’israélien Delta Galil ne s’y est pas trompé.

Hubert Vialatte

Publié par Hubert Vialatte le 15 mai 2018 sur https://www.lesechos.fr/


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Le Slip Français @LeSlipFrancais · 04 mai 2020
« En 7 jours, nous avons réussi à concevoir un produit que nous n’avions jamais fabriqué auparavant. Aujourd’hui, nous faisons 100 000 #masques par semaine, cousus à la main, lavables 25 fois ». Bravo Eminence
https://www.la-croix.com/Economie/Economie-et-entreprises/Coronavirus-comment-filiere-textile-francaise-reinvente-2020-05-03-1201092343
@LaCroix #madeinfrance #savoirfaireensemble

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