Covid-19 : Dans l’Est, des entreprises qui reconvertissent leur outil de production pour faire du gel hydroalcoolique le 23 mars 2020 Pour des chimistes, ce produit est assez facile à fabriquer

, dans le réseau de Céline THOMAS

Les équipes d’AFULudine à Dole, dans le Jura, ont travaillé tout le week-end pour livrer, ce lundi, du gel hydroalcoolique aux hôpitaux de Bourgogne-Franche-Comté. Le process de ce produit n’est pas si éloigné de celui du lubrifiant sans huile, sa spécialité. Les Grandes Distilleries Peureux reconvertissent aussi ses outils de production de Haute-Saône et du Bas-Rhin à la fabrication de ce précieux gel. Sa voisine Devoille fournit à prix coûtant la matière première d’alcool aux officines qui les transforment en gel ou solution hydroalcoolique, en attendant de faire plus si besoin.

Dès le premier jour du confinement, mardi dernier, AFULudine implantée à Dole (Jura), a modifié son process pour fabriquer le gel hydroalcoolique qui fait défaut en ces temps de coronavirus. Depuis, son laboratoire tourne à plein régime. Deux tonnes de produit ont été fabriquées dans un premier temps en 24 heures. Vendredi 20 mars 2020, l’entreprise a reçu 8 tonnes de matières premières qui devaient être transformées en quelque 8 tonnes de gel hydroalcoolique dans le week-end pour être livrées ce lundi 23 mars 2020.

Société de chimie verte créée en 2016 dans le laboratoire de chimie de l’Université de Franche-Comté, à Besançon (Doubs) et installée depuis fin 2018 dans le Centre d’activités nouvelles du Grand Dole (Jura), AFULudine fabrique un produit unique au monde : un lubrifiant sans huile qui intéresse les secteurs de l’industrie, du sport, du transport, de l’artisanat, mais aussi le marché du grand public.

Une solution de traitement de surface à base d’eau et d’alcool dont les molécules se fixent sur la surface à dégraisser. Un produit à fort potentiel qui lui avait valu une levée de fonds de plus d’un million d’€, au printemps 2019, pour lui donner les moyens de décoller.

Le process de fabrication du gel hydroalcoolique n’est pas si éloigné de celui du lubrifiant sans huile, et le changement de production n’a pas été très compliqué, assure le dirigeant. « Pour des chimistes, ce produit est assez facile à fabriquer, c’est comme une recette de gâteau pour un pâtissier. On a des grosses cocottes-minutes pour préparer tout ça. Nos produits utilisent majoritairement de l’alcool, ce qui est le cas aussi du gel hydroalcoolique. Il y avait quelques millilitres de composés à ajouter, du peroxyde et de la glycérine. Nous avons appelé notre fournisseur qui était partant pour nous les livrer », poursuit-il.

« Si nos équipes suivent, on dépannera tous ceux qui sont en première ligne, notamment les vendeuses des grandes surfaces  »

Une dizaine des seize employés ont suivi leur dirigeant dans son projet solidaire. « Le décret du 13 mars 2020 autorise certaines entreprises à fabriquer des produits hydroalcooliques. C’est l’Agence Régionale de Santé (ARS) qui pilote, la préfecture a fait le lien et permis de mettre de l’huile dans les rouages. Elle reçoit des appels de toute la France pour savoir où trouver ce type de produit. »

La petite entreprise conditionne le produit en bidons de 5 litres, que les utilisateurs reconditionnent ensuite si besoin. La fabrication a démarré mercredi 18 mars 2020 et, en deux jours, AFULudine a sorti 2 tonnes du produit, qui a dû lui aussi rester en « quarantaine » pendant 72 heures avant d’être livré, dès samedi 21 mars 2020, aux hôpitaux régionaux : ceux de Belfort-Montbéliard, Nevers, Cosne-sur-Loire, Semur-en-Auxois…
Mais aussi aux cabinets médicaux, aux infirmiers et même aux supermarchés qui se sont rajoutés à la liste. « Si nos équipes suivent, on dépannera tous ceux qui sont en première ligne, c’est le cas des vendeuses en grandes surfaces  », ajoute Fabrice Lallemand.

Côté financier, «  c’est très simple, on vend à prix coûtant ou presque, on n’est pas là pour faire du bénéfice sur un produit qui n’est pas le nôtre et encore moins dans ce contexte. On y perdra même sans doute puisqu’on ne tient pas compte de la masse salariale  », dit encore le dirigeant, ravi néanmoins de pouvoir aider et de mobiliser ses troupes. Fondée en mode start-up, AFULudine a doublé ses effectifs rapidement. « On grandit et ce n’est pas facile de souder les équipes. Mais aujourd’hui, nous tournons tous à plein régime pour le même objectif. »

C’est le jour du 1er tour des élections municipales, le 15 mars 2020, dans le bureau de vote de Bussières, la commune de Haute-Saône où réside Fabrice Lallemand, que l’idée a germé. Le dirigeant s’était vite rendu compte que le gel hydroalcoolique manquait cruellement. « On en a cherché partout. Je n’ai pas mis longtemps à percuter, j’ai contacté la préfecture du Jura lundi 16, vu avec mon équipe, fermé notre société lundi soir et rouvert mardi 17 matin avec ceux qui se sont portés volontaires pour fabriquer ce produit. »

Les distilleries Peureux et Devoille apportent aussi leur éco

À Fougerolles-Saint-Valbert (Haute-Saône), au pays du kirsch, les Grandes Distilleries Peureux, acteur de taille mondiale des alcools de fruits, se mobilisent également pour fabriquer le fameux gel désinfectant. « Cela s’inscrit dans une logique de tradition », explique Bernard Baud, son PDG. « Le nom eau-de-vie rappelle qu’au 16e siècle, ces eaux étaient bien utilisées pour prolonger la vie et lutter contre les infections. Nous retrouvons cette vocation au 21e siècle, c’est assez incroyable et ça fait réfléchir. »

L’entreprise, qui emploie 80 personnes au pays des cerisiers, avait d’abord élaboré une solution pour protéger ses équipes. Mais l’aggravation de la situation l’a poussée à envisager de produire un gel hydroalcoolique dans des quantités plus industrielles selon la recette recommandée de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) et avec le feu vert de l’Agence Régionale de Santé. « Pour cela nous avons modifié une de nos lignes de conditionnement. C’est allé très vite. Et ce vendredi matin [ 20 mars 2020, Ndlr ], nos salariés ont regardé partir avec une grande fierté les premières bouteilles pour les infirmières et personnels soignants. »
Mercredi 18 mars 2020, au siège haut-saônois, une première grosse production de 10.000 litres devrait être prête à être livrée pour le centre hospitalier de Vesoul (Haute-Saône), les pharmacies locales et le personnel soignant de proximité. L’établissement secondaire des Grandes Distilleries Peureux-Massenez, situé à Diffenbach-au-Val (Bas-Rhin), va lui aussi convertir sa production.

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Les ateliers de la distiellerie Peureux qui fabrique des liqueurs et la fameuse Cerise de Fougerolles à l’eau de vie. © Patrimoine de Bourgogne

Dans la même commune, la distillerie d’eaux-de-vie Paul Dévoile (19 salariés) livre une partie de ses stocks de matière première d’alcool aux pharmacies environnantes. Depuis le 20 mars 2020, l’établissement a fourni « à prix coûtant » 500 litres d’alcool à 96° aux officines situées dans un rayon d’environ 50 km, dans les Vosges et en Haute-Saône.

Les pharmacies les transforment en gel ou en solution hydroalcoolique après avoir ramené la teneur en alcool entre 70 et 75°. Ce «  dépannage » pourrait déboucher sur un soutien de plus grande envergure, selon le dirigeant, Hugues de Miscault qui dit avoir proposé ses services à l’Agence Régionale de Santé ARS).

M.C. avec Mathieu Noyer.

Publié par Monique Clémens le 23 mars 2020 sur https://www.tracesecritesnews.fr


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