Covid-19 : Chanel se lance dans la fabrication de masques Chanel lance une production de masques chirurgicaux pour aider à l’approvisionnement en France.

, dans le réseau de Maryvonne Hiance

L’industrie du luxe poursuit l’offensive contre le Covid-19. Le 16 mars 2020, le groupe LVMH annonçait se lancer dans la production et la distribution en "grande quantité" de gèle hydroalcoolique pour les hôpitaux français. Le 23 mars, le groupe Kering a suivi le mouvement en mobilisant les usines françaises des maisons Yves Saint Laurent et Balenciaga dans la fabrication de masques. Aujourd’hui c’est au tour de la maison Chanel d’abattre ses cartes.


Le 16 mars 2020, Emmanuel Macron a proclamé le confinement de la France afin d’endiguer la propagation du Covid-19.

Alors que les hôpitaux français font face à une pénurie de matériel de protection, c’est au tour de la maison Chanel d’abattre ses cartes. Le fleuron du luxe à la française a annoncé, le dimanche 29 mars 2020, qu’il lancerait une production de masques chirurgicaux pour aider à l’approvisionnement en France.

"Aujourd’hui, nous mobilisons nos fabricants partenaires et nos équipes — dont 150 de nos couturières et couturiers des ateliers Haute Couture, Prêt-à-Porter et Maisons d’art — pour produire des masques de première protection et des blouses", a déclaré Chanel dans un communiqué.

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Hélène de Buhren, directrice des maisons d’art Chanel.

Une fois ses prototypes et matière première homologués et approuvés par les autorités françaises, Chanel lancera sa production. En guise de soutien au personnel hospitalier, l’entreprise annonce également faire don de 1,2 million d’euros, "auprès des structures hospitalières et services à travers des contributions financières au fonds d’urgence créé par la Fondation de l’AP-HP (Assistance Publique - Hôpitaux de Paris), à la Fondation Georges Pompidou et aux services du SAMU." Dans un précédent communiqué, Chanel avait annoncé participer à l’effort économique français en renonçant au chômage partiel pour ses employés.

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Olivia Douchez, première d’atelier haute-couture Chanel.

Début mars 2020, la maison Chanel, a temporairement fermé ses usines de production en France, en Italie et en Suisse. Au plus fort de la crise, elle a déclaré qu’elle ne souhaitait pas recourir au chômage partiel en France. "Cette décision relève de notre plan de solidarité responsable. Car l’Etat français va avoir d’autres priorités. Il lui faudra venir au secours d’entreprises en difficultés", a expliqué Bruno Pavlovsky, président de Chanel SAS, au Monde. Ainsi, les salaires des 8 500 salariés français (incluant les Métiers d’art et les manufactures/sites de production ainsi que la société ERES) seront maintenus à 100% pour une période de 8 semaines, du 16 mars au 8 mai, pendant 40 jours ouvrables. "L’objectif est de ne pas peser sur les comptes publics", explique Chanel dans un communiqué publié le 27 mars.

Les TPE et PME s’y mettent aussi

Pour faire face à la pénurie en cours, c’est toute l’industrie du textile qui s’est mise en branle. Ainsi, dans un élan de solidarité, plus de 300 TPE et PME sur tout le territoire se sont mobilisées, produisant plus de 500 000 masques au total chaque jour, comme le rapporte BFMTV.

Parallèlement à cela, ce vendredi 27 mars, l’AFNOR (l’Association française de normalisation) a publiée sur son site, un référentiel à destination des industriels et des particuliers qui souhaiteraient se lancer dans la production de "masques barrières". Bien qu’il ne s’agisse pas de masques destinés au personnel soignant, ils peuvent être portés par d’autres catégories de professionnels hospitaliers, de la distribution, de l’agriculture, des entreprises ou pharmacie. Samedi 28 mars, le ministre de la santé Olivier Veran a déclaré que le gouvernement avait commandé plus d’un milliard de masques, principalement en Chine, pour être fournis dans les semaines et les mois à venir. La France utilise 40 millions de masques par semaine, a-t-il déclaré.

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Ulrik Watteau, chef de projet maison d’art Chanel.

Publié par Megan Bourdon le 30 mars 2020, sur https://www.businessinsider.fr

« Couturière chez Chanel, j’ai créé un collectif de couturières de grandes maisons pour fabriquer des masques  »

Battre le virus à plate couture, c’est l’objectif de Marie-Béatrice Boyer. Couturière chez Chanel depuis dix ans, elle a lancé Tissuni, un collectif de couturières mobilisées à la création de masques gratuits. En tissus colorés et imprimés, ils ne substituent pas à un masque chirurgical mais permettent de protéger les civils et professionnels de santé lorsqu’ils n’y ont pas accès. Elle nous raconte comment lui est venu l’idée du projet, l’organisation de son quotidien et pourquoi les masques ne disparaîtront pas avec le Covid-19. Témoignage.

« Je ne sortais plus de chez moi depuis quelques jours déjà au moment de l’allocution télévisée du président de la République le 17 mars dernier. Les enfants avaient arrêté l’école le vendredi précédent, on se doutait bien que l’étape suivante serait le confinement total. À vrai dire, je l’ai vécu comme un soulagement. Il fallait prendre des mesures restrictives pour limiter la propagation de l’épidémie, aussi pénible que ça puisse être pour certain. Finalement, le plus difficile a été de trouver les bons mots pour leur expliquer la situation. Mes filles ont quatre et six ans. On ne leur a rien caché car, de toute façon, une fois de retour à l’école, elles auraient fini par entendre des choses. Elles ont très bien compris. Avec notre activité, elles sont témoins directs de l’actualité. Lorsque des infirmières ou ambulanciers viennent chercher des masques, ils sont parfois en pleurs. D’autres fois, ils nous racontent des histoires de leur quotidien, toujours assez poignantes. Elles comprennent tout, au point qu’un jour, en apercevant un groupe de personnes profitant du beau temps dans le parc en face de chez nous, elles ont failli leur demander de rentrer chez eux.

Le premier dimanche de confinement a été décisif. Avec mon mari, nous cherchions une idée pour venir en aide aux acteurs de la lutte contre le coronavirus quand j’ai reçu l’appel d’une amie. Sage-femme, elle m’expliquait alors la situation dramatique face à laquelle se trouve le personnel soignant. « Je crois que tu pourrais fabriquer des masques en tissus, j’ai vu plusieurs trucs passer sur internet », me glisse-t-elle.
(...)
La suite dans « Elle »

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Marie-Béatrice Boyer. Couturière chez Chanel depuis dix ans, elle a lancé Tissuni, un collectif de couturières mobilisées à la création de masques gratuits.

Publié le 31 mars 2020 sur https://www.elle.fr


Pour en savoir plus :

- Covid-19 : La France en pénurie de masques : aux origines des décisions d’État
- Covid-19 : Fermée il y a deux ans, une usine bretonne produisait des millions de masques
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