Bernard Nordlinger : « La santé est l’un des premiers domaines d’application de l’intelligence artificielle » le 01 juillet 2019 la création d’un Health Data Hub va permettre aux chercheurs d’avoir accès plus facilement aux données de santé.

, dans le réseau de Christophe Juppin

Interview de Bernard Nordlinger. Professeur en oncologie, chirurgien à l’AP-HP, membre de l’Académie nationale de médecine, il a dirigé, avec Cédric Villani, le livre « Santé et intelligence artificielle », fruit des travaux d’un think tank qui réunit des experts de l’Académie de médecine et de l’Académie des sciences. Cet ouvrage de référence vient d’être traduit en anglais.

L’hôpital a-t-il lui aussi pris le chemin de la digitalisation ?

L’organisation des hôpitaux est, sur certains points, semblable à celle des entreprises et l’objectif est le même : gagner en efficacité pour mieux soigner. D’ailleurs, l’hôpital s’inspire parfois des bonnes pratiques du secteur industriel. L’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), par exemple, s’est engagée résolument dans la numérisation de son organisation et des dossiers médicaux. Le déploiement d’un outil comme Orbis, un système d’information dédié aux dossiers des patients développé par Agfa, permet au médecin d’accéder à l’ensemble des données, depuis les radios jusqu’aux résultats d’examens biologiques, en passant par les comptes rendus de consultations. Petit à petit, l’hôpital a quitté le tout-papier.

« L’hôpital s’inspire parfois des bonnes pratiques du secteur industriel. »

Le numérique est une évolution inévitable, mais il impose de relever le défi de la confiance : il faut convaincre les professionnels de santé de s’approprier les nouvelles technologies, et expliquer au public les avantages qu’il peut en tirer. La santé est l’un des premiers domaines d’application de l’intelligence artificielle, mais c’est un domaine sensible et il est important de ne pas perdre la confiance du public via certains fantasmes, comme celui d’un futur où la médecine se ferait sans médecin. L’IA - qui est une méthode de calcul rapide, logique et objective, mais n’a ni instinct, ni bon sens, ni empathie - doit se présenter comme une aide pour le médecin, elle ne doit en aucun cas être appelée à le remplacer.

De quelle manière le numérique, et plus particulièrement l’IA, impactent-ils le quotidien des médecins ?

Le dossier médical partagé, sorte de carnet de santé numérique, a pour objectif de faciliter la tâche des praticiens, aussi bien dans la médecine libérale que dans les hôpitaux, et de permettre aux patients d’avoir accès à leurs données de santé. L’IA, avec la télémédecine et le télédiagnostic, peut aider à résoudre le problème des déserts médicaux. Elle doit être avant tout destinée à aider les médecins à être plus efficaces, mais il y a un risque qu’elle soit utilisée par les seuls patients à des fins d’auto-diagnostic. Dans le cas des spécialités, il existe de nombreux cas d’usage de l’IA. En radiologie, des algorithmes d’interprétation permettent de voir et d’interpréter des images si fines que l’oeil humain ne peut les discerner.

En ophtalmologie, l’usage de l’IA a été approuvé aux Etats-Unis par la Food and Drug Administration (FDA) pour la lecture automatique du fond d’oeil en vue d’identifier une rétinopathie diabétique. En dermatologie, certaines machines peuvent déterminer, en analysant les images de lésions de la peau, s’il y a un risque qu’elles soient cancéreuses. L’IA est même utilisée en psychiatrie, par exemple pour déceler des signes précoces de troubles psychiques qui se dévoileront plus tard. Voilà pour les médecins, mais l’IA impacte aussi les personnels non médicaux dont le métier va être amené à évoluer. En revanche, tous les métiers qui comportent un contact direct avec les patients doivent être préservés.

« En ophtalmologie, l’usage de l’IA a été approuvé aux Etats-Unis par la Food and Drug Administration (FDA) pour la lecture automatique du fond d’oeil en vue d’identifier une rétinopathie diabétique. »

Qu’en est-il de la recherche ?

La révolution numérique concerne directement la recherche car elle permet d’analyser automatiquement de très grandes quantités de données. Préconisée par le rapport Villani sur l’IA de 2018, la création d’un Health Data Hub va permettre aux chercheurs d’avoir accès plus facilement aux données de santé. Les données de santé constituent pour la France une grande richesse. Il y a vingt ans, notre pays créait le Système national d’information inter-régimes de l’Assurance-maladie (Sniiram), une base de données relatives aux remboursements de la Sécurité sociale. Plus récemment, il lançait le Système national des données de santé, issu de la fusion du Sniiram avec le PMSI (Programme de médicalisation des systèmes d’information). Reste que l’accès aux données ne fait pas tout : dans notre pays, nous ne sommes pas encore prêts à valoriser la recherche, alors qu’il est important de favoriser la recherche, le développement d’entreprises et la naissance de start-up, cela dans le respect de la vie privée.

Julie Le Bolzer


Publié par Julie Le Bolzer le 01 juillet 2019 dans https://www.lesechos.fr/


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